‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 51 sur 355 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

D. DIÈGUE

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :

Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse ;

Toujours quelques soucis en ces événements

Troublent la pureté de nos contentements.

Au milieu du bonheur mon àme en sent- l'atteinte;

J« nage dans la joie, et je tremble de crainte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avait outragé ;

Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé.

En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile ,

Tout cassé que je suis, je cours toute la ville :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur ^

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure , en tous lieux , dans une n uit si sombre ,

Je pense l'embrasser , et n'embrasse qu'une ombre ;

Et mon amour, déçu par cet objet trompeur.

Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.

Je ne découvre point de marques de sa fuite ;

Je crains du comte mort les amis et la suite ;

' Var. Si j'en obtiens l'effet , je te donne ma foi. ^ Var. Si peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur Se consomme sans fruit à chercher le vainqueur.

Le«r jiombre m'épouvante , et coi^fond ma raisou. Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison. Justes cieux! me trompé-je encore à l'apparence , Ou si je vois enfin mon unique espérance ? C'est lui^ n'en doutons plus; mes vœux sont exaucés, Ma crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.

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