‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 53 sur 355 · ACTE 111, SCÈNE VI. S · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE VI. S

Viens baiser cette joue , et reconnais la place ' Où fut empreint l'affront que ton courage efface

D. RODRIGUE

L'honneur vous en est dû , je ne pouvais pas moins',

Étant sorti de vous et nourri par vos soins.

Je m'en tiens trop heureux, et mon âme est ravie

Que mon coup d'essai plaise à qui je dois la vie :

Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux

Si je m'ose à mon tour satisfaire après vous*.

Souffrez qu'en liberté mon désespoir éclate ;

Assez et trop longtemps votre discours le flatte .

Je ne me repens point de vous avoir servi ;

Mais rendez-moi le bien que ce coup m'a ravi :

Mon bras pour vous venger, armé contre ma flamme,

Par ce coup glorieux m'a privé de mon âme ;

Ne me dites plus rien; pour vous j'ai tout perdu ;

Ce que je vous devais, je vous l'ai bien rendu.

D. DIÈGUE

Porte , porte plus haut le fruit de ta victoire \ Je t'ai donné la vie , et tu me rends ma gloire ^ ; Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le jour, D'autant plus maintenant je te dois de retour.

* Imit. Llega la tierna booa â la mexilla

Donde la mancha de mi honor quilaste.

' Var. Où fut jadis l'affront que ton courage efface.

D. RODRIGUE

L'honueur vous en est dû ; les cieux vous sont témoins Qu'étant sorti de vous , je ne pouvais pas moins. Je me tiens trop heureux.

^ Imit. Alza la cabeza,

A quien corao la cause se atribuya ,

Si liay en mi algun valor, y fortaleza.

* Var. Si j'ose satisfaire à moi-même après vous.

* Var. Porte encore plus haut le prix de ta victoire. ^ lurr. Si yo te di el ser naturalmente ,

Tû mêle lias vuelto â pura fuerça suya.

Mais d'un cœur magnanime éloigne ces faiblesses^; Nous n'avons qu'un honneur, il est tant de maîtresses ! L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir '.

D. RODRIGUE

Ah 1 que me dites-vous?

D, DIÈGUE

Ce que tu dois savoir.

D. RODRIGUE

Mon honneur offensé sur moi-même se venge;

Et vous m'osez pousser à la honte du change 1

L'infamie est pareille, et suit également

Le guerrier sans courage , et le perfide amant.

A ma fidélité ne faites point d'injure;

Souffrez-moi généreux sans me rendre parjure ;

Mes liens sont trop forts pour être ainsi rompus ;

Ma foi m'engage encor, si je n'espère plus;

Et , ne pouvant quitter ni posséder Chimène,

Le trépas que je cherche est ma plus douce peine.

I). DIÈGUE

Il n'est pas temps encor de chercher le trépas ; Ton prince et ton pays ont besoin de ton bras. La flotte qu'on craignait , dans ce grand fleuve entrer , Croit surprendre la ville et piller la contrée. Les xMaures vont descendre; et le flux et la nuit Dans une heure à nas murs les amènent sans bruit. La cour est en désordre, et le peuple en alarmes ; On n'entend que des cris, on ne voit que des laruies. Dans ce malheur public mon bonheur a permis Que j'ai trouvé chez moi cinq cents de mes ami.s, Qui , sachant mon affront , poussés d'un même zèlr, Se venaient tous offrir i\ venger ma (|uer«'lle\

' Var. Maisd un m bravo caur éloifinc CCS faiblesses.

" Vai\. L'amour n'csl quun plaisir . et I lionncur un «ItM>M .

' Y\r. Venaient in'offrir kur vio à venB<T ma (|u<iTlb .

Page 1