‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 60 sur 355 · t LE CAD · texte numérisé non relu

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Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois Et ce que tu me vaux , et ce que je to dois.

D. RODRIGUE

Que votre majesté , sire^ épargne ma honte. D'un si faible service elle fait trop de compte , Et me force à rougir, devant un si grand roi , De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire, Et le sang qui m'anime , et l'air que je respire; Et, quand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. lERNAND.

Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec même courage ; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue , et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D. RODRIGUE

Sire , vous avez su qu'en ce danger pressant Qui jeta dans la ville un effroi si puissant, Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon kme encor toute troublée. . . . Mais , sire, pardonnez à ma témérité, Si j'osai l'employer sans votre autorité : Le péril approchait ; leur brigade était prête ; Me montrant k la cour, je hasardais ma tète * : Et, s'il fallait la perdre, il m'était Ijien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous.

I). l'KRNAND.

J'excuse ta chaleur à v(;nger ton offense;

V\R. Et paraître à la cour oui hasanU5 ma trtr .

Oirà (Irfcndre l'État j'aimais bien mirnx doiiiicr On'.iuv |ilaiiitrs(|i' Cliiiiicîic ainsi I'al»an(l<»Tincr.

ACTK IV, SCENE ITT. 95

Et rÉtat défeiitlu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler . Mais poursuis.

D. RODRIGUE

Sous moi donc cette troupe s'avance Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents ; mais, par un prompt renfort^ Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port , ïant^ à nous voir marcher avec un tel visage \ Les plus épouvantés reprenaient de courage ! J'en cache les deux tiers^ aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés : Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure , Brûlant d'impatience, autour de moi demeure. Se couche contre terre, et, sans faire aucun bruit , Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même , Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enûn avec le flux nous fait voir trente voiles; L'onde -s'enfle dessous , et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port ^. On les laisse passer; tout leur parait tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits , Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris; Ils abordent sans peur, ils ancrent , ils descendent , Et courent se livrer aux mains qui les attendent.

' Var. Tant, à nous voir marcher en si bon t\iuipagc. ^ Var. L'onde s'enflait dessous, et, d'un commun effort. Les Maures et la mer entrèrent dans le port.

Nous nous levons alors, et tous en môme temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres , à ces cris , de nos vaisseaux répondent * ; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus; Avant que de combattre, ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage , et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang ^ Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. ^ Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallien' , Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient : La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu '. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges , De notre sang au leur font d'horribles mélanges ; Et la terre , et le fleuve , et leur flotte , et le port , Sont des champs de carnage où triomphe la mort. 0 combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ^ , Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait, Ne pouvait discerner où le sort inclinait! J'ai lai s- de tous côtés encourager les nôtres ; Faire avancer les uns , et soutenir les autres , Ranger ceux qui venaient , les pousser à leur tour ; Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour '\ Mais enfin sa clarté montre notre avantage; Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage %

' Var. Les nôtres au signal de leurs vaisseaux répondent. ^ Var. Rétablit leur désordre , et leur rend leur vertu.

Contre nous, de pied ferme , ils tirent leurs é|Kvs ;

Des plus hraves soldats les traînes sont coupées. ' Var. Furent ensevelis dans lliorreur des ténèbres. * ViR. Et nen pus rien savoir jus<|ui;s au point du jour. '■' \ \i\. Le Maure vit sa perte, et jH-rdit Icenurasc

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