‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 64 sur 355 · ACTE IV, SCENE V. «M · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. «M

CHIMKNK.

Sii^, on pùme de joie, ainsi que de tristesse ' : Un excès de plaisir nous rend tout languissants ; Et, quand il surprend l'âme, il accable les sens.

Tu veux qu'en ta faveur nous croyions F impossible? Chimène , ta douleur a paru trop visible \

CHIMÈNE

Eh bien , sire, ajoutez ce comble à mon malheur %

Nommez ma pâmoison l'effet de ma douleur :

Un juste déplaisir à ce point m'a réduite :

Son trépas dérobait sa tète à ma poursuite ;

S'il meurt des coups reçus pour le bien du pays ,

Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis :

Une si belle fin m'est trop injurieuse.

Je demande sa mort , mais non pas glorieuse ,

Non pas dans un éclat qui l'élève si haut ,

Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud ;

Qu'il meure pour mon père, et non pour la patrie;

Que son nom soit taché , sa mémoire flétrie.

Mourir pour le pays n'est pas un triste sort,

C'est s'immortaliser par une belle mort.

J'aime donc sa victoire , et je le puis sans crime :

Elle assure l'État, et me rend ma victime,

Mais noble , mais fameuse entre tous les guerriers ,

Le chef, au lieu de fleurs, couronné de lauriers ;

Et, pour dire en un mot ce que j'en considère ,

Digne d'être immolé aux mânes de mon père...

Hélas, à quel espoir me laissé-je emporter! -

' Imit. Tar.to atribiila un placer^

Como congoja un pesar.

^ Var. Ta tristesse, Chimène , a paiu trop visible. ' Var. Eh bien , sire , ajoutez ce comble à mes maliieurs. Nommez ma pâmoison Tcffet de mes douleurs.

Rodrigue de ma part n'a rien à redouter ;

Que pourraient contre lui des armes qu'on méprise?

Pour lui tout votre empire est un lieu de franchise ' ;

Là , sous votre pouvoir, tout lui devient permis ;

Il triomphe de moi comme des ennemis.

Dans leur sang répandu la justice étouffée * ,

Au crime du vainqueur sert d'un nouveau trophée :

Nous en croissons la pompe, et le mépris des lois

Nous fait suivre son char au milieu de deux rois.

Ma fille , ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père , il était l'agresseur ; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accuser ce que j'en fais paraître. Consulte bien ton cœur; Rodrigue en est le maitre. Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi , Dont la faveur conserve un tel amant pour toi ^.

CHIMÈNE

Pour moil mon ennemi! l'objet de ma colère! L'auteur de mes malheurs ! l'assassin de mon père ! De ma juste poursuite on fait si peu de cas Qu'on me" croit obliger en ne m'écoutant pas! Puisque vous refusez la justice à mes larmes , Sire , permettez-moi de recourir aux armes ; C'est par là seulement qu'il a su m'outrager, Et c'est aussi par là que je me dois venger. A tous vos cavaliers je demande sa tête * ;

* iMiT. Son tus ojos sus cspias,

Tu retrete su sagrado,

Tu favor sus al<is libres.

' Var. Dans leur RatiR épandu la justice »touff«^«'. ^ Imit. Si hft guardado à Rodrigo

Qui/à para vos \v puardo.

♦ Vviu A tous v<)s chevaliers je demande sa tète.

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