ACTE IV, SCÈNE V. lOl
Oui, qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquête; Qu'ils le combattent, sire; et, le combat fini. J'épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni. Sous votre autorité souffrez qu'on le publie.
Cette vieille coutume en ces lieux établie ,
Sous couleur de punir un injuste attentat.
Des meilleurs combattants affaiblit un État;
Souvent de cet abus le succès déplorable
Opprime l'innocent, et soutient le coupable.
J'en dispense Rodrigue, il m'est trop précieux
Pour l'exposer aux coups d'un sort capricieux;
Et, quoi qu'ait pu commettre un cœur si magnanime.
Les Maures en fuyant ont emporté son crime.
D. DIÈGUE
Quoi ! sire , pour lui seul vous renversez des lois
Qu'a vu toute la cour observer tant de fois !
Que croira votre peuple, ek que diraTenvie
Si sous votre défense il ménage sa vie.
Et s'en fait un prétexte à ne paraître pas ^
Où tous les gens d'honneur cherchent un beau trépas?
De pareilles faveurs terniraient trop sa gloire ^ :
Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire.
Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir :
Il l'a fait en brave homme , et le doit maintenir ^
Puisque vous le voulez , j'accorde qu'il le fasse : Mais d'un guerrier vaincu mille prendraient la place ;. Et le prix que Chimène au vainqueur a promis De tQus mes cavaliers ferait ses ennemis * :
' Var. Et s'en sert d'un prétexte à ne paraître pas.
2 Vab. Sire, ôtez ces faveurs qui terniraient sa gloire.
^ V.VR. Il la fait en brave homme , et le doit soutenir.
' Vak. De tous les chevaliers ferait ses ennemis.
L'opposer seul à tous serait trop crinjustice; Il suffit qu'une fois il entre dans la lice. Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien ; Mais après ce combat ne demande plus rien.
D. DIÈGLE.
N'excusez point par là ceux que son bras étonne ; Laissez un champ ouvert où n'entrera personne ' . .\près ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui. Quel courage ass-ez vain s'oserait prendre à lui ? Qui se hasarderait contre un tel adversaire ? Oui serait ce vaillant ^ ou bien ce téméraire?
D. SANCHE
Faites ouvxir le champ • vous voyez Vassaillant- ; Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant. Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse. Madame , vous savez quelle est votre promesse.
Chimène , remets-tu ta querelle en sa main?
ClIIMÈNE.
Sire, je l'ai promis.
D. FERNAXl).
Soyez prêt ii demain.
I). DIÈGFE.
Non , sire, li ne faut pas différer davantage : On est toujours tout prêt quand on a du courage.
Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant !
D. DIÈGUK.
liodrigue a pris haleine en vous la racontant.
Du moins une heure ou deux je veux (pi'il se délasse; Mais de peur qu'en exemple un tel cond)at ne passe,
' V\i{. I.aisst^*/. un camp ouvert ou n'cnlri'ra pcrsoiiiif. - N V.:. Kailo ouvrir l«; «-.uiip : \<»us mim/ l.issi llaiil.