AGÉNOR, ÉSOPE
AGÉNOR
Je VOUS cherche par-tout pour vous dire deux mots.
ÉSOPE
Eh bien ! je suis trouvé : qu'avez-vous à me dire?
AGÉNOR
Qu'on me nomme Agénor, et ce mot doit suffire. Vous m'entendez , je crois?
ÉSOPE
Oui, j'entends votre nom.
AGÉNOR
Et vous n'entendez pas ce qui m'amène?
ÉSOPE
Non.
AGÉNOR
Je vais, puisqu'il le faut, tâcher à vous l'apprendre, Monsieur Esope.
ÉSO PE.
Et moi tâcher à vous entendre, Monsieur Agénor.
AGÉNOR
J'aime , et vous aimez aussi :
c'est l'unique sujet qui nie conduit ici. Je sais ce que tous deux le ciel nous a tait naître : Comme je me connois, songez à vous connoître; Je prétends d'Euphrosine être le seul captif.
i88 LES FABLES D'ÉSOPE-
Moi, je veux abaisser ce ton impératif: Il vous sied mal. Je veux vous rendre honnête, affable. Et, pour y réussir, vous apprendre une fable. Écoutez bien.
AGÉNOR
De grâce , évitons ce fatras ; De si fades raisons ne m'accommodent pas. Je ne me repais point de ces vaines paroles.
ÉSOPE
Un jour...
AGÉNOR
Encore un coup , point de contes frivoles. C'est un amusement qui n'est bon qu'à des fous.
ÉSOPE
Écoutez celui-ci; je le crois bon pour vous.
AGÉNOR
Je vous ai déjà dit, et je vous le répète. Qu'une prompte réponse est ce que je souhaite. Songez plus d'une fois qu'on me nomme Agénor.
ÉSOPE
Je vous ai répondu , comme je fais encor , Que vous parlez d'un air, s'il faut que je le nomme , Qui sent le fanfaron plus que le gentilhomme; Et, pour vous faire prendre un ton plus adouci. Je veux vous réciter la fable que voici.
AGÉNOR
Dépéchez donc.