ACTE V, SCENE IV. 2i
LE PREMIER COMEDIEN
Un jour daus la semaine est facile à choisir : Il nous est important d'avoir votre réponse.
ÉSOPE
Pourquoi?
LE PREMIER COMÉDIEN
Par la raison qu'il faut qu'on vous annonce. Quand vous nous viendrez voir, plus de monde y viendra Que tout vaste qu'il est notre hôtel n'en tiendra; Et, comme un vrai phénix unique eu votre espèce, Ce sera pour vous voir plus que pour voir la pièce. J'en suis sûr.
ÉSOPE
C'est-à-dire , à parler nettement , Que c'est moi qui serai le divertissement ; Et, pour aller au but où votre troupe aspire, Vous tirerez l'argent, et moi je ferai rire. Je veux de m'auuoncer vous épargner le soin; C'est un honneur trop grand et dont je suis trop loin : Il n'est que pour les gens du plus sublime étage, Et qui n'est rien du tout doit au moins être sage. Nous avons en passant déchiffré les auteurs; Parlons un peu de vous. Etes-vous bons acteurs? Je dis, en général, sans désigner personne.
LE SECOND COMÉDIEN
Oui, monsieur, notre troupe est vraiment assez bonne. Non qu'on soit tous égaux, ne croyez pas cela; Les uns sont merveilleux, et les autres...
ÉSOPE
La la.
2i6 LES FABLES D'ÉSOPE.
Je vous entends. La troupe, en public étalée',
Est, à dire entre nous, marchandise mêlée.
Ne vous figurez point qu'en ne faisant pas bien
Vous soyez épargnés , vous qui n'épargnez rien :
Pour reprendre avec fruit les sottises des autres ,
Il faut avoir le soin de bien cacher les vôtres ,
Et ne pas follement s'exposer à l'ennui
De montrer ses défauts en jouant ceux d'autrui.
Dounez-vous au public force pièces nouvelles?
LE PREMIER COMÉDIEN
Tous les mois.
ÉSOPE
Ou du moins qu'on fait passer pour telles. Depuis neuf ou dix ans , et cela n'est pas beau, Vos nouveautés , dit-on , n'ont plus rien de nouveau. Qu'on annonce une pièce, on promet des merveilles, Qui de chaque auditeur charmeront les oreilles; Et quand pendant un mois on l'a prônée ainsi , On rencontre souvent ce qu'on va voir ici.