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ACTE I, SCÈNE m. a3i

Et que le trône enfin l'emporte sur le roi. Si tu veux que ta foi ne me soit point suspecte , Ne souffre dans ma cour nul flatteur qui l'infecte. L'équité, qui par-tout semble emprunter ta voix, Est ce qu'on s'étudie à déjfuiser aux rois; Pour me la faire aimer , fais-la-moi bien connoître: Je t'en prie en ami, je te l'ordonne en maître. Je suis jeune, et peut-être assez loin du tombeau: Mais que sert un long régne , à moins qu'il ne soit beau? De ton zélé pour moi donne-moi tant de marques, Que je ressemble un jour à ces fameux monarques Qui, pour veiller, défendre et régir leurs états. Eu sont également l'œil , l'esprit , et le bras. Guide mes pas toi-même au chemin de la gloire.

ÉSOPE

Les rois presque toujours y vont par la victoire : Le*'s plus nobles travaux sont les travaux guerriers. ]lKl quel prince a-t-on vu plus couvert de lauriers? Après avoir deux fois vu Samos dans vos chaînes. Vaincu cinq rois voisins et fait trembler Athènes, Pour en vaincre encore un, qui les surpasse tous. Vous n'avez plus, seigneur, à surmonter que vous. Sans être conquérant un roi peut être auguste. Pour aller à la gloire il suffit d'être juste. Dans le sein de la paix faire de toutes parts Dispenser la justice et fleurir les beaux-arts, Protéger votre peuple autant qu'il vous révère, C'est en être, -seigneur, le véritable père; Et père de son peuple est un titre plus grand Que ne le fut jamais celui de conquérant.. .

Je vous parle , seigneur, en serviteur fidèle.

Eh ! qui sait mieux que moi la grandeur de ton zélé? Poursuis. N'interromps point des avis si prudents. Et des soins du dehors passe à ceux du dedans : Examine ma cour, et n'y souffre aucun vice ; Bannis-en les abus, chasse-s-eu l'injustice : Ta bonté pour le peuple a pris des soins si grands !...

ÉSOPE

Que le peuple et la cour, seigneur, sont différents !

Quoiqu'on nomme le peuple un monstre à plusieurs têtes ,

Si les uus sont grossiers , les autres sont honnêtes.

Dans les moins délicats j'ai trouvé tant de foi,

Qu'une seule parole est pour eux une loi.

La cour en apparence a bien plus de justesse ;

c'est le séjour de l'art et de la politesse :

Mais combien de chagrins y faut-il essuyer.

Et sur quelle parole ose-t-on s'appuyer?

Tout rares qu ils y sont , les amis s'embarrassent ;

Tels voudroient s'étouffer que l'on voit qui s embrassent.

Pour un dont la vertu trouve un heureux destin,

Mille vont à leur but par un autre chemin :

L'un, qui pour s'élever u'a qu'un foible mérite ,

.Sous un dehors zélé cache un cœur hypocrite;

L'autre met son étude à vous donner des soins ,

Quand il sait que vos yeux en seront les témoins;

Celui-ci fcdt du jeu sa capitale affaire,

Cet autre en plaisantant devient sexagénaire ;

Et l'on arrive ainsi, presque en toutes les cours,

I) un pas imperceptible à la fin de son cours.

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