ACTE I, «JCÈNE
Ou est si dissipé qu'avant que de connoîtrc Ce que c'est que d'être homme , on y cesse de l'être ; Et ceux qui de leur temps examinent l'emploi Trouvent qu'ils ont vécu, sans qu'ils sachent pourquoi.
CRÉSUS
Je reconnois ma cour, je ne puis te le taire.
Au fidèle tableau que tu me viens de faire :
Mais un trait important, que tes soins ont omis.
Un roi ne sait jamais s'il a de vrais amis.
De tant de courtisans , qui toujours sur mes traces
N'accompagnent mes pas que pour avoir des grâces ,
Je ne puis distinguer, au rang où je me voi.
Ceux qui m'aiment pour eux, ou qui m'aiment pour moi.
Je voudrois quelquefois, pour savoir si l'on m'cdme ,
Pendant un mois ou deux me voir sans diadème j
Et dans mon premier rang être ensuite remis.
Pour ne me plus méprendre au choix de mes amis.
Qui sais-je qui me flatte ou qui me rend justice.'
Je ne dis pas un mot que chacun n'applaudisse;
Et si l'on prévoyoit ce que je dois penser.
On m'applaudiroit même avant de m'énoncer.
Je confonds le faux zèle avec le véritable.
ÉSOPE
Permettez-moi, seigneur, de vous dire une fable. Jamais la vérité n'entre mieux chez les rois (^ue lorsque de la fable elle emprunte la voix.