‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 181 sur 228 · LE LION ET LE RAT · texte numérisé non relu

LE LION ET LE RAT

Un lion endormi , s'eveillant en sursaut , Rencontre un rat sous sa patte.

Comme un lion est fier et qu'il a le sang chaud , Il fulmine , tonne, éclate.

Pour apaiser son courroux , Le rat, que la crainte glace.

Se prosterne à ses genoux ,

Et, d'un ton suppliant, lui demande sa grâce.

M L'intervalle est si grand , dit-il , de vous à moi ,

■' Qu en me faisant périr vous auriez peu de gloire; " Et la clémence d'un roi

« Éternise sa mémoire.

" Si vous avez la bonté

« De me conserver la vie , « La prodiguer par-tout pour votre majesté

« Sera ma plus forte envie. »

Le lion généreux, mettant la griffe bas,

Sensible à cette requête.

Fit grâce à la pauvre béte ,

Et ne s'en repentit pas.

En poursuivant une proie ,

Trois ou quatre jours après.

Le lion pris en des rets.

Pour s'en débarrasser ne trouve aucune voie.

Par des efforts vigoureux

Il tâche à rompre sa chaîne;

Mais plus il prend de peine ,

Plus il eu serre les nœuds.

De chaque animal qui passe, En vain dans ce péril il attend du secours :

Quand le destin nous menace

Nos meilleurs amis sont sourds.

Le rat seul , d'un pas agile ,

L'ayant entendu rugir.

Vient voir à quel usage il lui peut être utile. Et sans beaucoup parler cherche à beaucoup agir. Il s'attache avec soin à ronger une corde , Qui de tout l'attirail est le nœud gordien; Et par bonheur tout succède si bien , Tant de fortune à son zélé s'accorde

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