ACTE IV, SCÈNE IV
Si c'est le seul motif qui vers moi vous amène, C'est, à vous parler net, une visite vaine.
CLÉON
Eh ! vous figurez-vous, mou cher petit monsieur. Qu'un ministre inutile ait un vrai serviteur? Lorsqu'à vous encenser tant de monde travaille, Est-ce pour vos beaux yeux ou votre belle taille? Le présumez-vous?
ÉSOPE
Non : qui feroit ce projet Auroit assurément grand tort sur mon sujet. Autant que je l'ai pu pendant une heure entière. Je vous ai combattu d'une honnête manière; Mais les coups éloignés ne vous émeuvent point ! Il faut vous les tirer plus à brûle pourpoint. Puis donc qu'à votre insulte il faut que je réponde. Je n'ai pas eu laideur mou pareil dans le monde : Je le sais, mais le ciel, propice en mou endroit. Dans un corps de travers a mis un esprit droit. Quelque hommage forcé que la crainte leur rende. Je méconnois les grands qui n'ont pas l'auie grande; Et je n'ai du respect pour l'éclat de leur sang Que lorsque leur mérite est égal à leur rang. Les grands et les petits viennent par même voie; Et souvent la naissance est comme la monnoie : Ou ne peut l'altérer sans y faire du mal. Et le moindre alliage en corrompt le métal. Un soldat comme vous s'imagine peut-être...
CLÉON
Je ne suis point soldat , et nul ne m'a vu l'être.
3o8 ÉSOPE A LA COUR.
Je suis bon colonel , et qui sert bien l'état.
Monsieur le colonel , qui n'êtes point soldat , Je ne sais ce que c'est que de rendre service Contre la bienséance et contre la justice.
CLÉON. '
Adieu, monsieur. Bientôt... Je ne m'explique pas.
(Il sort'.)