L'ENFER
A l'exemple d'Hercule, un certain téméraire,
S'étant fait jour jusque dans les enfers, Noulut voir des damnés les supplices divers ; Ce n'étoit pas une petite affaire.
Un jeune diable, à qui l'iuton Permit ce jour-là d'être bon { Sans tirer à conséquence) , Conduisit l'homme par-tout.
Et, de l'un à l'autre bout.
L'honora de sa présence.
Il trouva là des gens de toutes les f;içons,
Hommes , femmes , filles , garçons , Grands , petits , jeunes , vieux , de tout rang , de tout âge : Il n'est profession, art , négoce, métier
Qui n'ait là-dedans son quartier,
3i6 ÉSOPE A LA COUR.
Et qui n'y joue un personnage.
Combien trouva-t-il dans les fers De gros marchands drapiers, le teint livide et jaune,
Qui, par le calcul des enfers.
De trois quarts et demi faisoient toujours une aune!
Combien de merciers du palais ,
Tourmentés d'autant de méthodes Que pour flatter le luxe ils lui prêtent d'attraits
Par la multitude des modes !
Que de coiffeuses en lieu chaud i ^
Pour avoir, au temps où nous sommes, I <
Coiffé les femmes aussi haut
Que les femmes coiffent les hommes!
Que de cabaretiers, cafetiers, et traiteurs ! '
Ces premiers corrupteurs de la vie innocente
Sont dans une chambre ardente
Au rang des empoisonneurs.
Combien de financiers et de teneurs de banque , Voulant compter le temps qu'ils seront encor là,
Trouvent que le chiffre leur manque,
Et ne peuvent nombrer cela !
Combien de grands seigneurs, qui, d'un devoir austère. D'une dette du jeu s'acquittoient sur-le-champ,
Et qui sont morts sans satisfaire
Ni l'ouvrier ni le marchand !
Combien de magistrats, l'un bourru, l'autre avare. Que jamais la main vide on n osoit approcher. Voyant que de leur temps la justice étoit rare, Prenoient occasion de la vendre bien cher! Combien d'avocats célèbres ,