‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BaronChapitre 214 sur 288 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

SIMON

Mon fils, qui la plaignoit dans son malheureux sort,

Ne l'abandonnoit pas, même depuis sa mort;

Et tout se disposoit pour la cérémonie

De ces tristes devoirs qu'on rend après la vie.

Plus attentif alors, je 1 examinois mieux.

J'aperçus qu'il tomboit des larmes de ses yeux.

Je trouvois cela bon , et disois en mon ame :

Il pleure, et ne connoît qu'à peine cette femme;

S'il l'aimoit, qu'eùt-il fait en un pareil malheur?

Et si je mourois, moi, que feroit sa douleur?

Je prenois tout cela pour la marque infaillible

De la bonté d'un cœur délicat et sensible.

Mais, pour trancher enfin d'inutiles discours,

On emporte le corps : il y vole, j'y cours.

Je me mets dans la foule , et le tout pour lui plaire.

Je ne soupçonnois rien encor dans cette affaire.

SOSIE

Comment! que dites-vous?

Attends; tu le sauras.

Nous allions, nous suivions, nous marchions pas à pas. Plusieurs femmes pleuroieut, mais sur-tout une blonde Me parut...

SOSIE, l'interrompant.

Belle?... Hein?

SI. M ON

La plus belle du monde , Mais dont la modestie égaloit la beauté;

Et tant de grâce jointe à tant d'honnêteté La mettoit au-dessus de tout ce qu'on admire. Poussé par un motif que j'aurois peine à dire, Soit qu'elle m'eût touché par son affliction, Ou qu'elle eût sur mou cœur fait quelque impression, Je voulus la conuoitre; et dans l'instant j'appelle Doucement le valet qui marchoit après elle : Quelle est cette beauté, mou ami, que tu suis? Lui dis-je. Il me répond : c'est la sœur de Chrysis. L'esprit frappé, surpris, et le cœur en alarmes , « Ah ! ah! dis-je, voici la source de ses larmes... « Voilà donc le sujet de sa compassion! »

SOSIE

Je crains que tout ceci n'amène rien de bon.

SIMON

Ou arrive au tombeau. Là, selon la coutume,

Le corps sur le bûcher se brûle, se consume.

Cette sceur de Chrysis, dans ces tristes moments,

Faisant retentir l'air de ses gémissements.

Se jetant sur ce corps que la flamme dévore.

Pour la dernière fois veut l'embrasser encore.

Pamphile, pénétré des plus sensibles coups,

S'avance, presse, accourt, se fait jour parmi nous,

Et, de ses feux cachés découvrant le mystère,

L'arrête; et, tout rempli d'amour et de colère,

•< Ma chère Glicérie, hélas! dit-il, hélas!

« Mourons ensemble, au moins!... » Elle tombe en ses bras.

Leurs yeux se rencontrant nous firent trop entendre

Qu'ils s'aimoLentjdès long-temps, de l'amour le plus tendre.

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