ACTE m, SCÈNE I. ii
T E R V I L L E , effrayé.
Et quel est-il?
JULIE, pleurant presque.
Je n'ose , Je n'ose vous le dire; il m'a percé le cœur. TEU VILLE, avec plus d'effroi.
Qu'est-ce donc? ciel ! d'abord, ce n'est rien sur l'honneur?
JULIE
Mon dieu si.
TER VI L LK
Comment donc! parlez, je vous conjure.
L'honneur !
JOLIE
C'est qu'elle croit, que dis-je , elle m'assure Que bientôt...
Que bientôt?
JOLIE
Vous ne m'aimerez plus.
T E R V I L L E , souriant.
Non , elle veut par là colorer ses refus...
JULIE, l'interrompant.
Elle m'a dit aussi tant de mal de moi-même. Elle qui doit m'aimer, et qui sans doute m'aime, Qu'en vérité je crains, oui, que vous ne changiez. Et qu'elle n'ait raison.
T E R v I L L E , avec clialeur.
O dieux ! vous le croiriez ! i Elle ne le croit pas, l'artifice est visible. Mais il faudroit d'abord que cela fût possible.
ii6 LA MÈRE JALOUSE.
Ciel! plus cruellement peut-ou me soupçonner?
Voilà de ces propos qu'on ne peut pardonner;
Us pouvoient me coûter votre cœur... et la vie.
Je cesserois d'aimer! j'aimerois moins Julie!
Moi ! IMais qui donc , mais qui pourriez-vous me nommer?
Qui veut-elle que j'aime ou que je puisse aimer?
Si jamais... je ne puis achever; la parole
Me manque à celte idée : elle est cruelle et toile.
JULIE
Je le pense de même.
TER VILLE
Allons, rassurez- vous.
JULIE
Enfin elle a repris un air un peu plus doux, Sa vue avec bonté sur moi s'est attachée; J'étois prête à pleurer, elle a paru touchée : Mais tout-à-coup... Monsieur, j'obéis mal.
TERVILLE.
Mais?
JULIE
Mais Elle m'a défendu de vous parler jamais.
( Elle fuit.) Ne me retenez pas, elle peut nous surpi'endre.
TERVILLE, In retenant.
Un mot.
JULIE, tremblante.
Quittez ma main... O ciel ! je crois l'entendre. ( Elle fuit très vitejuscfu'au fond du théâtre , et, apercevant sa tante , elle s'arrête et revient peu à peu. )