SCÈNE II
JULIE, MADAME DE NOZAN, M. DE TERVILLE.
Mme DE NOi AN , sans se montrer.
J'ai couru tout Paris, j'ai crevé mes chevaux.
{Elle entre.) Ah ! bon dieu! quelles gens! quelles gens! quels propos! Avec eux, dieu merci, me vodà bien brouillée. D'abord notre comtesse, à peine réveillée. Passant les nuits au jeu. J'entre, on me fait asseoir. « Quoi ! si matin? » Matin ! à sept heures du soir. Bâillant, frottant ses yeux : « La petite est jolie, « Je l'aime, votre nièce; eh bien! on la marie?» Le tout d'un ton traînant à me faire périr. Je l'interromps, m'explique, et l'invite à courir, A me suivre par-tout. « Moi! pour un mariage? « M'en mêler! non, madame, il faut bien du courage « Pour marier les gens. »
TERVILLE, (jui l'écoule avec impatience.
Mais, votre magistrat?
JULIE
Eh bien?
Mine DE NOZAN.
Avoit encor sa robe et son rabat.
TER VI LL L
Je le connois beaucoup.
Mine DE N O Z A iN .
Je vous en félicite.
ii8 LA MERE JALOUSE.
Monsieur le président me pérore; il me cUe
Des lois! « La lui, madame, ordonne expressément...
« — Qu'une mère, monsieur, très ridiculi^ment
« Dispose de sa fille? — Oui, telle est l'ordonnance.
« Que de se marier l'enfant eût la licence.
Il Ce seroit pis eiicor. "
TERVILLE, criant.
iMais, monsieur, il s'agit Du bonheur de Julie.
Mine DE NOZAN
Eh ! c'est ce que j'ai dit.
Et cet autre long, sec , froid , avec sa manie Des chevaux! je le hais. Et la jeune Génie?
TER VI LLE
Sa compagne au couvent?
JULIE
Oh ! celle-là d'abord M'aime, et j'en suis bien sûre.
Mine DE NOZAN.
Elle t'aime, eh! oui, fort; Mais la danse un peu plus. Droite devant sa glace, Ma petite étourdie essayoit avec grâce Un domino. — " Pardon, je vais ce soir au bal; u Madame, regardez, il ne me va point mal. » Et je parlois de toi !
JULIE
Quels parents!
Quelles âmes !
Nul n'a pitié de nous ?