‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 8 sur 214 · SCENE II. ir · texte numérisé non relu

SCENE II. ir

VALSAIN.

Pourquoi non? Je ne sais pas me plaindre. Si je voulois pourtant, à ne vous point mentir, Je vous ferois aussi l'honneur de vous haïr.

M o N D o R , d'un air modeste.

Ah! monsieur!

VALSAIN.

Vous lorgnez d'assez près Doiimène.

M ON D o R , d'un ton moitié badin.

Vous tremblez donc aussi ?

Ma peur est-elle vaine?

Pour gagner tant de cœurs et pour n'en perdre aucun , Comment faites-vous donc?

MONDOR

J'ai cent moyens pour un.

J'éveille l'amour-propre , et le pique et le flatte; En paroissant la fuir, je ramène une ingrate; On me voit triste, gai, timide, entreprenant: Et puis, sans me piquer d'un esprit transcendant, J ai toujours cru l'esprit... une grande ressource Dans la société.

VALSAIN.

Sans doute.

MONDOR

Une autre source De tous les agréments dontjon me voit jouir. C'est... un peu de fortune, et l'or sait éblouir. L'or, mobile puissant des humaines foiblcsses.

Je ne me targue point de mes vaines richesses. Mon théâtre, mes bals, ma petite maison , Peut-être un cuisinier qui s'est fait quelque nom. Et mes feux d'artifice, et mon hôtel qu'on cite, Et mon vin de Tokai, ne font pas mon mérite; Tout cela n'est pas moi, je le sais; mais enfin On éblouit ainsi le pauvre genre humain.

VALSAIN.

Savez-vous que voilà de la philosophie?

Allier tant d'esprit à tant de modestie ! Vous devenez sublime, et c'est ce que je crains : Adieu; ménagez-moi dans vos vastes desseins.

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