‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Blin de Sainmore, Imbert, et ForgeotChapitre 18 sur 200 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

D'iiii amant malheureux qui perd tout ce qu'il aime. Je sais ce que mon cœur doit à tous vos bienfaits : Votre tils pourroit-il les oublier jamais? Mais j'adore Orphanis; et le feu qui m'enflamme Avec la même ardeur brûle aussi dans son ame. Mon être tout entier est soumis à ses lois ; Je ne veux, je ne puis former un autre choix. Seigneur, si l'on pouvoit , par une heureuse adresse , Sans déplaire aux Cretois, seconder ma tendresse?

SÉSOSTIt is.

Je vous l'ai déjà dit; j'ai tout promis : un roi, Quand il fait un serment , ne peut trahir sa foi.

A h CES.

Et cependant , seigneur, sous venez de promettre Que vos désirs aux miens daigneroient se sonmetlrc.

SÉSOSTRIS

Oui, prince, j'en conviens : vous pouvez contre moi

Alléguer ma promesse et réclamer la loi.

Mais la nécessité veut qu'enfin je préfère

Des serments plus sacrés à ceux qu'on put vous faire :

Soumettez-vous au sort; et quels que soient vos droits

L'intérêt de l'état est le tyran des rois.

ARCÈS.

Eh ! que redoutez-vous d'un roi qui vous implore ? J'ai vaincu les Cretois ; je puis les vaincre encore.

SÉSOSTRlS.

La valeur est trompeuse, et le sort peut changer.

ARCÈS.

Je méprise la gloire acquise s.ins danger.

3o ORPHANIS.

SÉSOSTRIS

Ainsi, lorsque la paix peut être votre ouvraye,

Vous allez tout détruire ! Ainsi votre courage

A vos moindres désirs prétend tout immoler,

Et le sang sous vos mains va de nouveau couler !

Ah ! mon fils , conuoissez ks malheurs de la guérie.

Sous mon joug autrefois j'ai t'ait gémir la terre;

Et , du fer inhumain n'écoutant que les droits ,

.l'ai brisé sans pitié le sceptre de vingt rois.

Ce fut moi qui rangeai sous mon obéissance

Ces vingt milles cités qui forment ma puissance :

.l'ai du Gange au Danube étendu mes exploits.

Et le monde en tremblant fut soumis à mes lois;

Mais que j'.n payé cher cette gloire cruelle !

Que de pleurs , que de sang j'ai fait couler pour elle !

Le repentir m'en reste; et mon bras aujourd'hui,

Las d'effrayer le monde , en veut être l'appui.

Ah ! loin de vous tromper par des chimères vaines ,

Songez au sang des rois qui coule dans vos veines.

Songez que vous devez l'exemple à l'univers,

Que sur vos premiers pas tous les yeux sont ouverts.

L'erreur vit chez le peuple , et nos fautes passées

Sont par la main du temps rarement effacées.

Il faut vous maîtriser; et, doublement vainqueur,

Ainsi que des Cretois, l'être de votre cœur.

Comme vous, dans les feux d'une ardente jeunesse.

Des folles passions j'ai ressenti livresse ;

Àlais lorsque le devoir m'ordonnoit d'étouffer

De coupables penchants, j'en ai su triompher.

D'un moment, quand on veut, cet effort est l'ouvrage;

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