‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Blin de Sainmore, Imbert, et ForgeotChapitre 22 sur 200 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ARGÈS.

Roi superbe, il faut donc qu'au gré de ton caprice Mou ame sous tes lois en esclave fléchisse. Je combats, je triomphe , et tu voudrois pour prix M'arracher à l'objet dont mon cœur est épris ! Ah! tyran, vante moins ton amitié cruelle. Je préfère ta haine et je ne veux plus qu'elle. Oublier Orphanis!... Si jamais ton pouvoir Prétendoit me contraindre à ne la plus revoir, Je saurois te montrer que cette main vaillante, Ainsi que mon pays, sait venger mon amante... Que dis-je, malheureux! la venger?... et de qui? D'un roi qui m'a placé sur le trône avec lui ; D'un ami dont la main , secourable et propice. Veut sous mes pas tremblants fermer le précipice; Dont le rang que j'occupe est le moindre bienfait ; Que j'appelai mon père. . et qui l'est en effet : Et pour tant de faveurs, sacrilège et barbare. Je pourrois!... Ah ! plutôt du trouble qui m'égare, Abjurons à ses pieds la tyrauuique erreur ; Soyons sujet soumis et roi de notre cœur.

ORPHANIS. 35

Oui, je veux en ce jour ra'immoler pour te plaire. Admire bien l'effort que sur moi je vais faire : Tu soumis, il est vrai, l'univers à ta loi; Eu domptant mon amour j'aurai fait plus que toi. Qu'il est beau, qu'il est grand de se vaincre soi-même... Je vais donc renoncer à la beauté que j'aime... Qui moi, ne la plu&voir ! l'abandonner, la fuir! Après tant de serments lâchement la trahir ! Non; l'effort est trop grand et j'en suis incapable Moi, d'une trahison je deviendrois coupable ! Pardonne, cher objet de mon cœur enflammé; Ah ! pardonne. .. jamais tu ne fus plus aimé. Oui, toujours eu tyran tu régnes sur mon ame. Chaque instant , chaque obstacle, irrite cucor ma flamme. .Sans mon amour, sans toi je ne puis respirer... Eh bien ! c'est pour cela qu'il faut m'en séparer. Le foible honneur de vaincre un penchant ordinaire N'est que d'un sage obscur l'héroïsme vulgaire; Mais fuir avec effort un objet adoré , Mais étouffer un feu dont on est dévoré, Mais arracher le trait qui flatte et qui déchire , Voilà l'heureux triomphe où mon orgueil asj>ire! Voilà l'honneur d'un prince, et voilà mon devoir! C'en est fait: commençons à ne la plus revoir, .le le dois, je le veux... Que vois-je? O dieux! c'est elle.

36 (1RPHAÏNIS.

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