ACTE 1, SCENE VI
LE MARQUIS
Hem? vous voir aimer si constamment !
A la folie! ëperdument!
Comme un enfant gâté sans cesse caressée !
LA COMTESSE
De grâce , brisons sur ce point...
LE MARQUIS, s'emportant.
Eh bien, quoi! ne diroit-on point Qu'il vient de sortir de ma bouche Des termes , quelques privautés Dont votre pudeur s'effarouche?
Vous avez quelquefois des puérilités...
Vous fais-je tort de?...
LA COMTESSE
Non , sans doute , Et ce n'est rien de tout cela; Mais je crois que ces discours-là Amusent peu monsieur, qui nous écoute.
LE CHEVALIER
Madame!...
LE MARQUIS
Eh ! pourquoi donc, s'il vous plaît? Moi je croi Que ceci l'intéresse ainsi que vous et moi. Oui, monsieur, vous avez mon estime; et j'espère Qu'à son tour l'amitié va bientôt nous unir.
LE CHEVALIER
Je ferai tout, monsieur, pour l'obtenir.
LE MARQUIS
Je VOUS soupçonne un fort bon caractère :
Oui, jamais d'humeur, toujours gai; Ici d'abord je vous ai distingué, Et j'aurois fait le choix que d'Orson vieut de faire.
LE CHEVALIER
Vous en doublez le prix.
LE MARQUIS
Je l'ai beaucoup loué De donner à sa sœur un époux enjoué.
A mon sens, la gaieté vaut presque la sagesse. On dit que c'est un don ; Pour moi je le confesse , J'en fais une vertu. D'un long cercle boudeur, Comme un seul homme gai sait bannir la tristesse! L'homme gai, dans le monde, est un vrai bienfaiteur. Moi-même, pour beaucoup, je voudrois de bon cœur L'être aussi malgré la vieillesse.
LE CHEVALIER
J'ignore si réellement L'âge a, monsieur, pris sur votre enjouement;
Mais quant à moi , je vous proteste Qu'à vous juger sur ce que j'ai pu voir.
Tout ce que je peux en avoir
Ne vaut pas ce qui vous en reste.
LA COMTESSE
Mon oncle? il est plus gai que nous, Plus gai cent fois.
LE MA RQUiS.
Oui, trouvez- vous?
Ma foi, dans cette triste vie Je ris tant que je peux , je ne le cèle point.