ACTE I, SCÈNE X. i
toujours problématique. Oh! çà, en bonne foi , est-ce que , tout de bon , vous êtes re'so'.u de vous raccrocher plus que jamais à cette femme?
TIM\NTE.
Et le moyen que je puisse vivre sans elle?
FRONTI>-.
Et sans bien pouvez-vous mieux vivre? Il me souvient d'avoir lu autrefois ces vers, que j'ai toujours retenus :
« Tant d'amour qu'on voudra , tant de charmants appas » Il faut toujours manger et boire;
« Et c'est un incident nécessaire à 1 histoire « Que de prendre un léger repas. »
En effet, il me paroît plus aisé de vivre sans aimer que sans dîner'et sans souper; et je tiens une bonne cuisine plus nécessaire qu'une maîtresse.
TIM A>TE
Hélas ! quoi qu'elle fasse, je vois bien que mon destin est de l'aimer toute ma vie.
FRO^"TI
Cependant, vous l'avez entendu, votre père marie le chevalier avec la fille que vous avez refusée : passe pour cela ; mais il le fait son héritier, voilà le diable. J'ai cela sur le cœur pour
tSe \ LE MUET.
vous; et, quelque défense qu'on m'ait faite, il
faut que j'eug.ige le chevalier à faire quelque
sottise qui mette votre père en colère contre
lui.
TI M A NTE.
Oh! nous parlerons de cela quelque autrefois. Je ne suis pas bien guéri de ma jalousie : il faut que ce soir même tu demeures ici pour épier si l'on mènera cette fdîe à la comtesse. Après cela, je ne pourrai plus douter de ce qu'elle vient de me dire, je partirai content ; et, pour avoir l'esprit plus en repos durant mon voyage , je te laisserai ici pour observer exactement tout ce qui se passera dans cette maison.
FRONTIN
Eh bien! monsieur, j'y reviendrai dès ce soir, aussi bien,, n'ai -je point vn d'aujourd'hui ma cruelle Marine : c'est raci comtesse, à moi. Mais, à propos, vous ne songez qu'à cette femme, et vous ne dites pas ce que vous voulez faire de ce muet que je vous ai arrêté?
TI MANTE
Je ne m'en suis pas souvenu quand il en étoit temps : ce soir tu le mèneras où je te dirai. Retirons-nous : mon père soune chez le marquis; il pourroit nous trouver ici. Sortons ; j'ai quelque» ordres à te donner.