ACTE II, SCENE VIII. ?,nj
AG> ELET.
i\e VOUS déplaise, je les tue quand ils ont envie de mourir,
M. PATELIN
Le remède est sûr ; mais ne les tues-tu pas exprès pour faire croire à ton maître qu'ils sont morts de ce mal et qu'il les faut jeter à la voirie, afin de les vendre, et de ^jarder l'argent pour toi?
AG>' ELET.
C'est ce que dit mon doux maître , à cause que l'autre nuit... quand j'eus enfermé le troupeau... il vit que je pris... un... Dirai-je tout?
Oui, si tu veux que je plaide pour toi.
AGNELET
L'autre nuit donc, il vit que je pris un gros mouton qui se portoit Itien. Ma ti ! sans y penser, ne sachant que faire... je lui mis tout doucen^ent mon couteau auprès de la gorge : tant y a, que je ne sais comment cela se fit, mais il mourut d'abord.
M. PATELIN
J'entends. Quelqu'un te vit-il faire?
AGNELET
Mon maître étoit cache' dans la bergerie. Il me dit que j'en avois fait autant de six -vingts m >utons qui lui manquoieut. Or , vous saurez que
c'est un homme qui dit toujours la vérité. Il me battit^ comme vous voyez; et je vais me faire trépaner. Or, je vous prie, comme vous êtes avocat, de fairf en sorte qu'il ait tort et que j'aie raison , afin qu'il ne m'en coûte rien.
M. PATELIN
Je comprends ton affaire. Il y a deux voies à prendre. Par la première, il ne t'en coûtera pa« un sou.
AGNELET
Prenons celle-là, je vous prie.
Soit. Tout ton bien est en argent?
AGNELET
Ma fi , oui.
M. PATELIN
Il te le faut bien cacher.
AGNELET
Aussi ferai-je.
M. PATELIN
Ton maître sera contraint de payer tous les dépens.
AGNELET
Tant mieux.
M. PATELIN
Et sans qu'il t'en coûte ni denierni maille.