I. A VEUVE
Ta plainte l'est bien plus.
F ATI ME.
Nous redoublez ma peine.
Mais où vit votre amant?
LA VEUVE
J'ignore son destin ; Mais je sais qu'il m'aima, qu'il désira ma main , Qu'il me fut arraché, qu'il fallut me contraindre, Étouffer un amour que je ne pus éteindre; Que Ce fatal amour, vainement combattu , Malgré moi se réveille, et trouble ma vertu. Dans tout autre pays, hélas! si j'étois née. Je cessois d'être esclave et d'être infortunée : Celui qui m'eût contrainte à passer dans ses bras M'auroit laissée au moins libre par son trépas; J'aurois eu quelque espoir, fût-il imaginaire, De retrouver un jour celui qui m'a su plaire; Et cette illusion , soulageant mon ennui, M'eût encor tenu lieu du bonheur d'être à lui. Aujourd'hui, tout m'accable et tout me désespère; Mes vœux, mes souvenirs, une image trop chère, L'hymen qui m'enchaîna, le nceud qui m'étoit dû, Et ce que j'ai souffert, et ce que j'ai perdu; Pour celui que j'aimois lorsque je n'ai pu vivre, C'est un autre au tombeau qu'en ce jour je vais suivre.