ACTE 111, SCÈNE V
Prenez , précipitez, dévorez cet enfant. Dieux, écoutez les cris de sou sang innocent; Avec moins de douleur j'en fais le sacrifice. Si ce massacre affreux retombe sur Ulysse.
u LTSSE, après un moment de silence.
Madame...
Que veux-tu? porte loin de mes yeux L'épouvante et l'horreur dont tu remplis ces lieux. Faut-il te ménager, pour combler mes alarmes, Le barbare plaisir de jouir de mes larmes?
ULYSSE
Interprète à regret d'un ordre souverain , Le coup dont vous pleurez ne part point de ma main ; C'est un ordre absolu de la Grèce assemblée. Hélas! d'une autre crainte elle est encor troublée; Mais non,.. Vous chérissez la mémoire d'Hector ; Éloignpz-vous, craignez que je ne parle encor.
Faut-il de nouveau sang pour assouvir la Grèce ?
UI-YSSE.
Madame, en rougissant j'avouerai sa foiblesse : Quel honneur pour Hector, quelle honte pour nous. Que même après sa mort nous eu soyons jaloux! Que tant de rois ne croient assurer leur victoire Qu'en éteignant de luijusques à sa mémoire! Ils veulent l'abolir; et même son cercueil Irrite leur colère et blesse leur orgueil : Madame, ces soldats viennent pour le détruire
ANDROM AQUE.
( à part. ) (haut. ) O mon fils! Sur les morts avez-vous quelque empire? Avez-vous oublie (ju'un immense trésor Fut le prix éclatant du corps de mon Hector? A sa cendre immortelle on vendit cet asile. Étes-vous jjIus cruels ou plus puissants qu'Achille?
ULYSSE
llioli sous sa cendre ensevelit vos droits, Et les Grecs à leur joug ont enchaîné vos lois. Nos héros , disent-ils , victimes de la guerre , A peine ensevelis couvrent encor la terre, Tandis que les vaincus, traités avec honneur, Jusques dans la poussière insultent au vainqueur; Ils osent nous l)ra\er jusque dans la mort même. Solilats, obéissez à leur ordre suprême; Frappez; que ce tombeau, par vos mains dispersé. Trompe juscju'aux regards de ceux qui l'ont dressé. A N D RO .il A Q u E , oulié de doulcur , se met entre le tombeau et les soldats.
Barbares, arrêtez; votre bras téméraire Osera-t-il souiller ce sacré sanctuaire?
Avez-vous oublié quel guerrier tut Hector? Ses mâne,-. furieux vous menacent encor. Fuyez, traîtres, craignez (|ue son ombre indignée Ne punisse la main qui l'auroit p oFanée. Les foudres qu'il lauçoit vont éclater sur vous.
ULYSSE
Ces soldats craindront-ils un impuissant courroux? Hector est sous la tombe, et ses ceudres paisibles...