ACTE III, SCENE V
ANDROMAQII E.
Pourquoi donc à vos yeux sont-elles si terribles? Les Grecs de son vivant n'osoient l'envisager, Et, mort, jusqu'aux. enFers ils osent l'oulrajifer. Ah, Tliestor! je succombe j ma peine mortelle. ( Elle s'appuie sur le bras d'Iphis. )
THESTOR.
Au nom des dieux, seigneur, daignez écarter d'elle Les ombres de la mort qui vont l'envelopper. Ce triste monument peut-il vous échapper? Daignez devant les chefs conduire la princesse, Qu'elle porte à leurs pieds sa profonde tristesse ; Peut-être que ces rois, touchés de sa douleur, Voudront par quelque grâce adoucir son malheur, Et rendre à son amour des dépouilles si chères. Mais s'ils ne changent rien à leurs ordres sévères, Qu'Andromaque se rende aux; tentes de Pyrrhus, Sans vous importuner par des cris superflus.
ULYSSE
Je cède à ce conseil qu'inspire la ])rudence. Quoique je sache assez comme la Grèce pense.
{ à AndromcKjue. ) Venez aux yeux des Grecs faire parler vos pleurs, Madame: puissiez-vous désarmer leurs rigueurs, Et, libre désormais d'un trouble si funeste. Des dépouilles d'Hector conserver ce qui reste !
ANDROMAQUE
Ces farouches soldats, les laissez-vous ici?
ULYSSE
Qu'importe à votre espoir, et d'où naît ce souci?
38 LEvS TROYENNES.
ANDROMAQUE
Ah, seigneur! ces soldats pourroient, dans notre absence, Même contre vos vœux, tromper mon espérance. Des soupçons importuns me rempliroient d'effroi. Et je crains moins la mort qu'un doute... TTLYSSE, aux soldats^ après un moment de réflexion.
Suivez-moi.