ACTE II, SCÈNE III. 3i
CALISTE
Non, non : j'ose embrasser les genoux de mon père-:
Malgré votre courroux Caliste vous est chère.
c'est de vous, c'est pour vous que j'ai reçu le jour;
Quel bienfait, s'il n'est point un gage de l'amour!
Oui, seigneur, vous m'aimez. Pour émouvoir votre ame
Ce sont les droits du sang que ma douleur réclame.
Caliste n'a jamais , indocile à vos lois ,
En faveur d'un amant combattu votre choix.
Ce n'est point Altamout, c'est l'hymen que j'abhorre.
Qui? moi, me séparer d'un père que j'adore!
De vos nobles destins ne me détachez pas.
Mon père, je vivrai, je mourrai dans vos bras;
Que m'importe un époux et le reste du monde ?
SCIOLTO
l.eve-toi... sors enfin de ta douleur profonde. Va, je t'aime toujours... mais vois si ma bonté Doit au gré de tes pleurs changer ma volonté. Vu monstre, dans ces murs, opprime ma vieillesse; Non content de trahir, de punir ma tendresse , .Sa haine, enveloppant l'état dans ses forfaits, A vendu la patrie aux tyrans que je hais. Ma fille, tu frémis! Lothario...
CALISTE
Ce traître !
On (lit qu'à vos regards il vient de reparoîtrc. I, ingrat, que vouloit-i!?... Ah, mon père! combien Mo!i cœur a redouté ce fatal entretien!
SCIOLTO
>. 1 Hiihli lie me. dons il ajoute l'outrage ;
.^î CALISTE.
Il l'aiino.
CALISTE
Lui!... L'amour s'unit-il à la rage?
Ah ! quiiuporte, après tout? Dans les cœurs corrompus, L'îuuour même, l'amour est un crime de plus. Qu'il meure ! Punissez et ses feux et sa haiue; Vengez l'état et vous.
Loin de nous on l'entraîne; J'ai marqué son exil au bout de l'univers. Aux Corses mutinés il croit porter des fers. Il va partir... il part.
CALISTE
Tombe sur moi la foudre !
Il part!... vous l'ordonnez... Il a pu s'y résoudre!
SCIOLTO
Q'entends-je? Me trompè-je? Où s'égarent tes vœux?
CALISTE
Ce n'est pas sou exil , c'est sa mort que je veux. Qu'il périsse ! ... A ma honte , à la vôtre , il respire ! Du fond de ses déserts il peut encor vous nuire ; Chaque instant de sa vie est nn instant d'horreur.
SCIOLTO
Réserve à nos tyrans cette noble fureur. O ma chère Caliste, ô toi, l'espoir de Gène, Poursuis, ma fille, et prends l'ame d'une Romaine; L'âme de ces héros , de ces grands citoyens , La gloire de nos murs, mes aïeux et les tiens. .Sais-tu que dans ce jour tombe la tyrauiiie, Que d'un doge odieux l'iimbition punie