A R A M I IN T E
Quoi! vous-même , baron?
LE BARON
Oui, moi-même. Que trouvez-vous donc là de si surprenant ? Je suis las de vivre seul au sein d'une maison que ma fortune rend honnête , mais où mon âge n'appelle plus les plaisirs ; je m'ennuie de n'être entouré que ?de valets qui me volent , ou de neveux qui traitent provisionnellement de ma succession avec des usuiiers ; et puis , je ne sais, je me sens un certain vide dans l'ame ; enfin je veux me marier. J'épouserai quelque personne honnête qui m'aimera, qui en aura l'air, au moins; je tâcherai d'en avoir bien vite une couple d'enfants, dont l'éducation sera l'amusement, la consolation de mes vieux jours; en
foiQiant leur cœur, je jouirai du mien ; cela m'animera, m'occupera, car il faut s'occuper; j'en ai plus besoin qu'un autre, et je ne conçois pas qu'un homme oisif puisse être vertueux.
LISIDOR.
C'est un peu trop vous défier de vos forces , monsieur, et j'aurois cru qu'une ame aussi bien placée que la vôtre pouvoit regarder la liberté comme le premier bonheur de la vie.
LE BARON
Elle le seroit sans doute pour qui n'en abuseroit pas : mais le pouvons-nous au milieu des séductions qui nous environnent? Les plaisirs honnêtes ennuient bientôt un homme qui peut se livrer à tous ; l'esprit s'y habitue, les sens s'émoussent, le cœur se blase, le goût s'endort, et ce n'est plus alors que les excès qui le reveillent ; du moinsjepense ainsi, et voilà ce quime détermine. LiSinOR , à pari.
Je ne m'attendois point à ce nouveau concurrent.
Votre proposition me flatte en même temps (|u'elle m'étonne ; songez-vous bien, baron, que Lucile est si jeune...
LE B.\liO^.
Vraiment j avois d'abord jeté les yeux sur