‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 4 sur 201 · ACTE 1, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE

Cdiste, dont l'amour m'avoit donné la foi, Caliste à ce rival alloit être enchaînée; Déjà de leur hymen on pressoit la journée. Jour cruel! jour affreux que prévint mu fureur! Rappelle-toi ces temps de révolte et d'horreur. Dans nos remparts alors mes secrètes intrigues Rallumèrent le feu des complots et des ligues. Le père d'Altamont, par ce glaive égorgé. Paya le désespoir de mon cœur outragé.

Et de l'hymen du fils l:i pompe suspendue En appareil de mort fut changée à ma vue.

M0.\TALDE.

Des malheureux Génois tel est le triste sort : Le foible est abattu sous les coups du plus fort, Et parmi les horreurs du tumulte anarchique Tout pouvoir est sacré lorsqu'il est tyrannique. J'ai vu nos citoyens, dans nos murs embrasés, L'un sur l'autre expirants, l'un par l'autre écrasés. Mais, hélas! j'igno rois qu'en ces jours de carnage Altamont immolé l'eût été par ta rage.

Quoi ! dans les flancs glacés d'un timide vieillard Ta main dénaturée enfonça le poignard?

Tigre qui dans la nuit dévores tes victimes. Tu n'as d'autre vertu que de cacher tes crimes. Que dis-je? Tes fureurs s'empressent d'éclater. Le frein le plus sacré ne peut les arrêter. Déjà foulant aux pieds les lois , que tu dédaignes , Tu traînes après toi, sous d'horribles enseignes, Cet amas d'étrangers et de brigands obscurs Que Gènes à regret recèle dans ses murs.

lo CALISTK.

A'oilà de quels soutiens appuyant ton suffrage, Des rangs et des honneurs t-i régies le partage. C'est par toi que Frégose envahissant l'état, Ceint la tiare au temple, et préside au sénat: Tyran dont la grandeur, par le crime usurpée , Profane l'encensoir, déshonore l'épée.

Nous voyous chaque jour les plus grands des Génois Opprimés, exilés ou proscrits par vos lois. C'en est trop : si ton bras, lâchement homicide , Étend sur Sciolto la rage qui le guide , Ton as]iect désormais est horrible pour moi. Je ne suis plus l'ami d'un monstre tel que toi.

LOTHARIO

Ces reproches amers n'ont rien qui m'épouvante : Des crimes de ma main cette image effrayante , Ces concurreuts punis , et ce sang et ces morts , Rien , quand je suis vengé , n'excite mes remords. Peins-moi plutôt , peins-moi Cahste dans les larmes , Du deiiil le plus lugubre enveloppant ses charmes; Peins-moi son désespoir, mes forfaits, ses vertus; Peins-moi Caliste enfin , que je ne verrai plus ; Dis-moi que, furieux et contraire à moi-même, Inthguement jaloux, j'ai perdu ce que j'aime, c'est par l'amour qu'il faut intimider mon cœur, C est par l'amour enfin que je me fais horreur. Caliste !... Ah , dieux !

MONTA LDE.

Quels cris échappent de ta bouche I L'Amour, dans ses chagrins, prend-il ce ton farouche? Ah 1 tu me fais frémir !

Page 1