‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 5 sur 201 · ACTE I, SCENK i. i i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENK i. i i

LOTHARIO

Frémis de mes transports , De mon désordre affreux , ilu crime, et des remords. Plût au ciel que mon bras, bornant sa violence, l'.ût pu dans le carnage assouvir ma vengeance ! Mais ce cœur né sensible autant qu'infortuné ^ Dévoré par l'amour, de rage empoisonné , A-t-il pu s'arrêter dans le juste équilibre Oh se repose une ame indifférente et libre? C'est peu d'avoir éteint dans le sang et les pleurs Les flambeaux d'un hymen rompu par mes fureurs. Craignant de perdre encore une amante adorée, Malgré tous mes serments , malgré sa foi jurée. Je courus vers Caliste... A l'aspect du courroux. Qui peignoit dans mes yeux mes sentiments jaloux , Voyant encor ma main de meurtre dégouttante , La victime à mes pieds interdite , expirante , Tombe sans mouvement... O transports criminels! Dieux! il est donc des cœurs que l'amour rend cruels ! De ce lâche attentat mon ame est obsédée. Tout m'en rappelle ici l'épouvantable idée. .Sortons.

MONTALDE.

Quel crime? Arrête.

r.OTHARIO.

Au nom de l'amitié , Par respect pour Caliste , et pour moi par pitié , N'arrache point l'aveu de ce honteux mystère. Ah ! laisse-moi du moins la gloire de le taire : Si même malgré moi mon trouble en a parlé ,

Il C A LISTE.

Frappe, tu dois la mort à qui l'a révélé.

montai.de. Kh bieu , Lothario ! que la nuit la plus sombre Enveloppe à jamais ton secret dans son ombre ; En faveur d'un ami ne trahis point l'amour. Mais les cœurs offensés le sont-ils sans retour? Aux genoux de Caliste, aux genoux de son père. Va , cours désavouer ton injuste colère; Amant respectueux et digne de leur choix, Sur eux, sur leurs bontés, va reprendre tes droits.

LOTHARIO

Moi porter à leurs pieds mes remords pour hommage !

Caliste!... après le vœu de punir mon outrage.

Après l'ordre éternel de fuir loin de ses yeux ,

Les imprécations chargèrent ses adieux.

Tout ce qu'un grand courroux peut répandre d'injures,

Tout ce que l'on peut dire à des amants parjures ,

Les reproches, les cris, les larmes, les refus.

Regrets d'avoir aimé, serments de n'aimer plus,

Caliste employa tout , et ses douleurs funestes

Dévouèrent ma tête aux vengeances célestes.

Ah ! du moins sauvons-lui mou aspect odieux.

C'est son père , en un mot , que j'attends en ces lieux ;

H ignore un amor.r détesté par sa fdie.

Mes feux, toujours cachés au sein de sa famille.

Dans l'ombre et le silence avec soin renfermés,

Se brillèrent qu'aux yeux qui les ont allumés,

Mîds cependant , ami, que prévoir et que craindre?

Que me veut Sciolto? Lasse de se contraindre,

Caliste . abandonnée aux cris du désespoir,

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