‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 6 sur 201 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LOTHAKIO, MONTALUE, SCIOLTO.

LOTHARIO

Injurieux mortel , dont l'aspect m'importune. Viens-tu m'appreudre ici toute mon infortune? Caiiste a-t-elle mis le glaive dans tes mains? Parle; il faut éclairer la nuit 3é mes destins.

SCIOLTO

Ma fille , vertueuse autant qu'elle m'est chère , Tremblante pour les jours de son malheureux père, Frémit épouvantée au bruit de ta fureur. Barbare : ton nom seul la remplit de terreur. Oui, si je consultois sa tendresse alarmée. Ta mort auroit vengé ma famille opprimée. Mais tout impur qu'il est, ton sang est à l'état , Et dans le citoyen je pardonne à l'ingrat. Gènes veut à sa gloire employer ton courage. De la guerre sous moi tu fis l'apprentissage. Je ne te parle point de tant d'autres vertus Dont tu reçus l'exemple, et qu'enfin tu n'as plus. Grâces à l'ascendant de ton destin funeste , Ton cœur est né féroce, et la valeur te reste.

!4 CALISTF..

Au nom de la jiatrie et de ton souverain . Du glaive de l'état je \ie)is armer ta main. Ce peuple méprise, ce perfide insulaire. Ennemi des Génois, dont il est tributaire, Le Corse qui , cédant à la nécessité , Nous vendit tant de fois sa foible liberté, A l'abri des rochers de son ile sauvage , Vient de briser encor les fers de l'esclavage. Gènes, pour le punir, demande ton appui. La flotte est préparée , et Ion part aujourd'hui.

LOTH ARIO.

A cet illustre emploi je n'eusse osé prétendre. Je le croyois promis à l'orgueil de ton gendre. Sans doute qu'a ce titre en secret destiné, Altaraout n'attend plus que l'instant fortuné. Pourquoi lui dérober l'honneur d'une victoire? Ce mortel , autrefois si jaloux de ma gloire , Aux genoux de Caliste est-il moins généreux? Ne sait-il plus enfin que lui vanter ses feux?

SCIOLTO

Pourquoi renouveler uos disputes cruelles? Acceptes-tu l'honneur de vaincre des rebelles? Décide , ou ce jour même , au défaut.de ton bras , Le héros que tu hais va venger uos états.

LOTHARIO

A ce mot j'obéis ; mais Tordre qu'on m'impose Ne peut être scellé ^'au palais de Frégose , Et j'y cours.

Page 1