‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 78 sur 201 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

négligent, ou des âmes intéressées qui comptent ses jours. Elle le sent, elle s'en afflige; elle vit sans qu'on la console, et meurt sans qu'on la pleure.

CÉCILE

('ela est vrai: mais est-il un état sans peine, et le mariage n'a-t-il pas les siennes?

LE PÈRE DE FAMILLE

Qui le sait mieux que moi? Vous me l'apprenez tous les jours. Mais c'est un état que la nature impose. C'est la vocation de tout ce qui respire... Ma fille, celui qui compte sur un bonheur sans mélange ne connoît ni la vie de l'homme ni le.s desseins du ciel sur lui... Si le mariage expose à des peines cruelles, c'est aussi la somce des plaisirs les plus doux. Où sont les exemples de f intérêt pur et sincère, de la tendresse réelle, de la confiance intime, des secours continus, des satisfactions réciproques, des chagrins partagés, des soupirs entendus, des larmes confondues, si ce n'est dans le mariage? Qu'est-ce que l'homme de bien préfère à sa femme? Qu'y a-t-il au monde qu'un père aime plus que son enfant?... O lien S£cré des époux! si je pense à vous, mon ame s'échauffe et s'élève. O noms tendres de fils et de fille ! je ne vous prononçai jamais sans tressaillir, sans être touché. Rien n'est plus doux à mon

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oreille; rien n'est plus intéressant à mon cœur... Cécile, rappelez-vous la vie de votre mère : en est-il une plus douce que celle d'une femme qui a employé sa journée à remplir les dfevoirs d'épouse attentive, de mère tendre, de maîtresse compatissante?... Quel sujet de réflexions délicieuses elle emporte en son cœur, le soir, quand elle se retire !

CÉCILE

Oui, mon père. Mais où sont les femmes comme elle, et les époux comme vous?

LE PÈRE RE FAMILLE

Il en est , mon enfant ; et il ne tiendroit qu'à toi d'avoir le sort qu'elle eut.

CÉCILE

S'il suffisoit de regarder autour de soi, d'écouter sa raison et son cœur...

LE PÈRE DE FAMILLE

Cécile, vous baissez les yeux; vous tremblez; vous craignez de parler... Mon enfant, laissemoi lire dans ton ame. Tu ne peux avoir de secret pour ton père; et, si j'avois peidu ta contiance, c'est en moi que j'en chercherois la raison... Tu pleures...

CÉCILE

Votre bonté m'affl-ige. Si vous pouviez me traiter plus sévèrement...

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