‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 85 sur 201 · LE PÈRE DE FAMILLE, SAINT-ALBIN · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE FAMILLE, SAINT-ALBIN

s AiNT-ALBiîf , en entrant^ et avec vivacité.

Mon père! ( Le père de famille se promène et (jarde lesilencc. Saint-Albin suit son père, et d'un ton suppliant. ) Mon père !

LE PÈRE DE FAMILLE, s' arrêtant, et d'un ton sérieux.

Mon fds,si vous n'êtes pas rentré en vousmême, si la raison n'a pas recouvré ses droits sur vous, ne venez pas aggraver vos torts et mon chagrin .

SAINT-ALBIN

Vous m'en voyez pénétré. J'approche de vous en tremblant... Je serai tranquille et raisonnable... Oui, je léserai... Je me le suis promis. (Le père de famille continue de se promener. Saint- Albin, s' approchant avec timidité, dit h son père, d'une voix basse et tremblante ; ) Vous l'avez vue?

i34 LE PÈRE DE FAMILLE.

LE PÈRE DE FAMILLE

Oui, jeraivue.Elle est belle, et je la crois sage. Mais qu'eu prëteudez-vous faire? Un amusement? je ne le souffrirai pas. Votre femme? elle ne vous ronvient pas.

S.viNT-ALBiN, en se contenant.

Elle est belle, elle est sage; et elle ne me convient pas! Quelle est donc la femme qui me convient, mon père?

LE PÈUE DE FAMILLE

Celle qui, par son éducation, sa naissance, sou état et sa fortune, peut assurer votre bonheur, et satisfaire à mes espérances.

SAINT-ALBIN

Ainsi le mariage sera, pour moi, un lien d'intérêt et d'ambition? Mon père, vous n'avez qu'un tils ; ne le sacrifiez pas à des vues qui remplissent le monde d'époux mallieureux. Il me faut une compagne honnête et sensible, qui m'aide à supporter les peines de la vie , et non une femme riche et titrée qui les accroisse. Ah! souhaitezmoi la mort, et que le ciel me l'accorde plutôt , qu'une femme comme il y en a tant !

LE PÈRE DE FAMILLE

Je ne vous en propose aucune; mais je ne permettrai jamais que vous soyez à celle à laquelle vous vous êtes follement attaché. Je pourrois

Page 1