ACTE II, SCENE XI. i
user «le mon autorité, et vous dire : Saint-Albin, cela me déplaît, cela ne sera pas; n'y pensez plus. Mais je ne vous ai jamais rien demandé sans vous en montrer la raison. J'ai voulu que vous m'approuvassiez en m'obéissant; et je vais avoir la même condesceiidance. Modérez-vous, et écoutez-moi. Mon fils, il y aura bientôt vingt ans que je vous arrosai des' premières larmes que vous m'ayez fait répandre. Mon ccpur s'épanouit en voyant en vous un ami que la nature me donnoit. le vous reçus entre mes bras du sein de votre mère; et vous élevant vers le ciel, et mêlant ma voix à vos cris, je dis à Dieu : O Dieu qui m'avez accordé cet enfant, si je manque aux soins que vous m'imposez en ce jour, ou s'il ne doit pas y répondre, ne regardez point à la joie de sa mère; reprenez-le. Voilà le vœu que je fis sur vous et sur moi. Il m'a toujours été présent. Je ne vous ai point abandonné au soin d'un mercenaire. Je vous ai appiis moi-même à parler, à penser, à sentir. A mesure que vous avanciez en âge, j'ai étudié vos penchants ;j'ai formé sur eux le plan de votre éducation, et je l'ai suivi sans relâche. Combien je me suis donné de peines pour vous en épargner! J'ai réglé votre sort à venir sur vos talents et sur vos goûts. Je n'ai rien négligé pour que vous parussiez avec distinction. Et lorsque
i56 LE PÈRE DE FAMILLE.
jo touche au moment de recueillir le fruit de ma sollicitude, lorsque je me fe'licite d'avoir un fils qui re'pond à sa naissance qui le destine aux meilleurs partis, et à ses qualités personnelles qui l'appellent aux grands emplois, une passion iiseusée, la fantaisie d'un instant aura tout détruit ; et je verrai ses plus belles années perdues, son état manqué et mon attente trompée et j'y consentirai! Vous l'êtes-vous promis?
SAINT-ALBIN
Que je suis malheureux!
LE PÈRE DE FAMILLE
Vous avez un oncle qui vous aime et qui vous destine une fortune considérable; un père qui vous a consacré sa vie, et qui cherche à vous marquer en tout sa tendresse; un n^m, des parents, des amis, les prétentions les plus flatteuses et les mieux fondées ; et vous êtes malheureux ! Que vous faut-il encore ?
SAI>'T-ALB1>'
Sophie, le cœur de Sophie, et l'aveu de mon père.
LE PERE DE FAMILLE
Qu'osez-vous me proposer? De partager votre folie et le blâme général qu'elle encourroit?Quel exemple à donner aux pères et aux enfants? Moi, j'autoriserois, par une foiblesse honteuse, le dés-