‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 87 sur 201 · ACTE II, 8GÈNE XI, iSy · texte numérisé non relu

ACTE II, 8GÈNE XI, iSy

iiitire de la société, la confusion du sang et des rangs, la dégradation des familles!

S AINT-ALBIN.

Que je suis malheureux ! Si je n'ai pas celle que j'aime, un jour il faudra que je sois à <elle queje n'aimerai pas; car je n'aimerai jamais que Sophie ; sans cesse j'en comparerai une autre avec elle. Cette autre sera malheureuse; je le serai aussi : vous le verrez, et vous en périrez de regret.

LE PÈRE DE FAMILLE

J'aurai fait mon devoir, et malheur à vous si vous manquez au vôtre !

SAINT-ALBIN

Mon père, ne m'ôtez pas Sophie.

LE PÈRE DE FAMILLE

Cessez de me la demander.

SAINT-ALBIN

Cent fois vous m'avez dit qu'une femme honnête étoit la faveur la plus grande que le ciel piît accorder. Je l'ai trouvée, et c'est vous qui voulez m'en priver. Mon père, ne me l'ôtez pas. A présent qu'elle sait qui je suis , que ne doit-elle pas attendre de moi? Saint-Albin sera-l-il moins généreux que Sergi? Ne me l'otez pas. C'est elle qui a rappelé la vertu dans mon cn;ur ; elle seule peut l'y conserver.

1 /ÎH LE PERE DE FAMILLE

LE PÈRE DE FAMILLE

C'est-à-dire que son exemple fera ce que le mien n'a pu faire.

SAIN T-A L B 1 rs .

Mon père!...

LE P È U E DE FAMILLE

Ecoutez, mon fils. Vous aimez Sophie?

SAINT-ALBIN

Si je l'aime!

LE PÈUE DE FAMILLE

Écoutez-moi, vous dis-je , et tremblez sur le sort que vous lui préparez. Un jour viendra que Vous sentirez la valeur des sacrifices que vous lui aurez faits. Vous vous trouverez seul avec elle, sans état , sans fortune , sans considération ; l'ennui et le chagrin vous saisiront. Vous la haïrez ; vous l'accablerez de reproches. Sa patience et sa douceur achèveront de vous aigrir ; vous la haïrez davantage; vous haïrez les enfants qu'elle vous aura donnés, et vous la ferez mourir de douleur.

SAINT-ALBIN

Moi?

LE PÈRE DE FAMILLE

Vous.

SAIN T-A L B I N

Jamais, jamais.

Page 1