ACTE II, SCENE XIII. i
pérez-moi ; je n'ai qu'un mol à répondre : Sophie sera ma femme.
LE COMMANDEUR
Ta femme?
Oui , ma femme.
LE COMMANDEUll.
Une fille de rien.
SAINT-ALBIN
Qui m'a appris à mépriser tout ce qui vous enchaîne et vous avilit.
LE COMMANDEUR
N'as-tu pas de honte?
SAINT-ALBIN
De la honte!
LE COMMANDEUR
Toi, fils de M. d'Orbesson ! neveu du commandeur d'Auvilé !
SAINT ALBIN
Moi, fils de M. d'Orbesson, et votre neveu.
LE COMMANDEUR
Voilà donc les fruits de cette éducation merveilleuse dont ton père étoit si vain ! Le voilà, ce modèle de tous les jeimes gens de la cour et de la ville!... Mais tu te crois riche, peut-être?
SAINT-ALBIN
Non.
i/lfi LE PÈRE DE FAMILLK.
LE COMMANDEUR
Sais-tu ce qui te revient du bien de ta mèrc^
Je n'y ai jamais pen.sé, et je ne veux pas Je savoir.
LE COMMANDELR.
Ecoute. C'étoit la plus jeune de six enfants que nous étions, et cela dans une province où Fon ne donne rien aux filles. Ton père, qui ne fut pas plus sensé que toi, s'en entêta et la prit. Mille écus de rente à partager avec ta sœur, c'est quinze cents francs pour chacun : voilà toute votre fortune.
SAIST-ALBIN.
J'ai quinze cents livres de rente?
LE COMMANDECR.
Tant qu'elles peuvent s'étendre.
SAINT-ALBIN
Ah, Sophie ! vous n'habiterez plus sous un toit ! Vous ne sentirez plus les atteintes de la misère. J'ai quinze cents livres de rente!
LE COMMANDEtlR.
Mais tu peux en attendre vingt-cinq mille de ton père, et presque le double de moi. Saint- Albin, on fait des folies; mais on n'en fait pas de plus chères.