ACTE III, SCENE lil
HENRI, tout en mangeant avec vitesse.
Oh! ma foi! voilà un civet qui en donneroil quand on n'en auroit pas. Il est accommodé admirablement bien.
MARGOT
Oh! je l'on.*; accommodé à la grosse morguenne ; mais c'est que monsieu n'est pas difficile.
RICHARD
Non, ma mère : c est que monsieur est honnête . Il veut bien trouver à son goût ce qu'il voit que nous lui donnons de bon cœur.
HEXRi, en mangeant et dévorant encore.
Non, en vérité, sans compliment, te civet-là est une bien bonne chose , d'honneur. M 1 c H A r , prenan t la pin te.
Eh! mais, si je beuvièmes?
HENRI
C'est bien dit, car je m'engoue. ( versant h Cafau.) Et puis je veux griser un peu mademoiselle Catau, pour savoir si elle a le -vin tendre. CATAU, haussant son gobelet.
Assais, assais, monsieu. Comme vous y allais! {Ils boivent et choquent tous. )
MARGOT, à Richard j qui cesse de manger. Queuque t'as, mou fils? Tu ne manges point.
RICHARD
J'ai assez mangé, ma mère, et je n'ai rien.
1 70 LA PxVRTIE DE CHASSE DE HENRI IV. MiCHAti, la bouche pleine .
Eh bian! Richard, pisque tu ne manges pus, chante-nous la p'tite chanson. ( a Margot. ) Ou putôt, femme, commence, toi, ça vaura mieux. Tians, dis-nous la celle que le gard'-chasse rapportit de Paris la semaine dergnière?
MARGOT
Laqueulie donc?
MICHAC.
Eh! parguenne! la celle qui découvre le pot aux roses des amours de not' bon maitre avec c'te belle jardignière du châtiau d'Anet.
MARGOT, avec embairas.
Eh! mon ami, je n'me souvians pus d'I'air.
MIGHAT.
Tu rêves donc? Eh! c'est l'air de ce noël nouviau.
( Chantant. )
« Où s'en vont ces gais bergers, etc. »
M.\RGOT, C interrompant.
Ah! oui, oui, je m'I'rappelle. En v'ià assez, (à Henri. ) Vous excuserais , monsieu, si j'chantons comme au village.
HENRI
Oh' je suis sûi- que vous chantez très bien.