ACTE 1, SCÈNE V
Que vous pouviez mètre infidèle , Et sur lesquels mon père appuyoit ses raisons De (Ufférer toujours?
DES Koy Ais, avec un peu de trouble.
Eh ! mais , mademoiselle , Eh ! mais , sur ma légèreté Vous a-t-il jamais rapporté La preuve d'aucun fait?
MARIANNE
Non; je vous rends justice- Peut-être ces soupçons ne sont qu'un artifice
Pour mieux colorer ses délais.
J'aime a le croire.
DES RONAis, vivement.
^ Oh! oui... Mais revenons, de grâce,
A notre hymen... Si ce jour-ci se passe Sans voir combler tous nos souhaits; Si votre père encor veut , par de nouveaux traits ,
Fatiguer notre patience, Avec respect alors élevez votre voix ; Votre majorité , sans blesser la décence ,
Peut aujourd'hui fsure parler des droits. MARIANNE, cfun ton ferme et tendre.
Des droits?... A cet égard, perdez toute espérance. Quoi ! des droits contre un père? Eh ! peut-on en avoir?.. Moi d'ailleurs je n'en ai pas même en apparence; Et si j'en avois, loin de les faire valoir. Je me reufermerois encor, par préférence , Dans les bornes de mon de\oir Kt dune juste obéissance.
i8 DUPUIS ET DES RONAIS.
DES RONAIS, avec impatience.
C'est outrer le respect et Ja reconnoissance. Je coniiois vos devoirs, je les vois, les sens bien ; Mais n'a-t-il pas les siens et ne vous doit-il rien?
MARIANNE, avec douceur Non , rien du tout , monsieur.
DES RONAIS, avec un peu de colère.
C'est avoir bien envie De s'aveugler!... Cruelle ! est-ce là de l'amour? Est-ce là comme j'aime ? Ah ! votre ame en ce jour, A votre père en esclave asservie...
MARIANNE, l'interrompant.
Ah ! vous ignorez , Des Ronïiis , Que le moindre de ses bienfaits Est de m'avoir donné la vie.
DES RONAIS.
De grâce, expliquez-vous.
MARIANNE
Si vous saviez , ô ciel !
Quel est, quel fut pour moi son amour paternel...
A ce souvenir qui m'enflamme , Je me dois de vous faire ici l'aveu cruel D'un fait... que je voulois renfermer dans mon ame, Non par rapport à moi ; vous le verrez assez : Mais , puisque enfin vous me pressez
( hésitant.) Sur mes prétendus droits, apprenez... Je balance.
DES RONAIS, très tendrement.
Parlez, je vous adore, et vous me connoissez