‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 13 sur 231 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

MARIANNE, nvec effusiou dame.

Oui, mon cher Des Ronais , je vous estime assez Pour vous dire, avec coufiauce.

Que, victime par ma naissance Des préjugés et de l'opiaion,

Mon père, malgré sa famille, Long-temps après fit , pour sa fille , Du sceau des lois marquer son union.

De sou amour pour moi son hymen fut le gage. DES RONAIS, avec la dernière vivacité.

Divine Marianne ! ou j'aimerois bien peu , Ou vous devez penser que ce pénible aveu, Auquel l'amour d'un père aujourd'hui vous engage, Loin de diminuer mon respect et mon feu, Me touche et vous honore à mes yeux davantage. MARIANNE, avec chaleur.

Vous voyez que je lui dois tout; Mais pour le mieux sentir, écoutez jusqu'au bout.

Sachez que, pour ce mariage , De sou père cruel il fut déshérité.

Il lui resta pour tous biens son courage , Qui lui servit. Sa fortune est l'ouvrage

Et le fruit de sa fermeté.

Et s'il s'est vu dans la calamité, C'est son amour pour moi , c'est sa tendre imprudence Qui causa seule son malheur.

Jugez par là jusqu'où mon cœur Doit porter la reconnoissance.

Et c'est avec respect et c'est dans le silence Qu'il faut attendre mon bonheur

20 DUPUIS ET DES RONAlS.

D'un père... à qui je dois une double existence DES RO^ AÏS, très vivemertt.

Non Je ne fais plus d'instance ; Et ce mortel vertueux Ne peut former, quand j'y pense, D'autres désirs , d'autres vœux Que ceux de nous rendre heureux, Et je reprends l'espérance De le voir en ce même jour Couronner notre constance , Vos vertus , et mon amour.

MARIANNE, rf'un aîV Content.

Il veut notre bonheur... oui, mais, à notre tour, Occupons-nous de la manière , Et parlons de notre ancien plan , De nos projets , pour rendre heureux ce digne père , Sitôt que nous serons mariés...

DES RONÀis, l'interrompant avec vivacité. Oh ! j'espère Par mes soins, chaque jour, le rajeunir d'un an. Par des riens qui font tout le charme de la vie.

Quand ils naissent du sentiment.

Par exemple , les soirs , s'il est seul un moment , Je lui lis, ou je cause, ou je fais sa partie... Je veux pour ses plaisirs, pour son amusement, Pour contenter ses goûts , mettre tout en pratique. MARIANNE, vivement.

Il a celui de la musique.

DES B.oy AÏS, l'interrompant.

Je le sais bien : il faut tous les hivers

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