ACTE I, SCÈNE III
C'est de vous estimer, c'est d'admirer en vous La bonté, la douceur; et j'étois trop heureuse. Les vertus d'un sultan qui se fait adorer L'emportent sur les droits qu'il tient de la couronne;
Les sentiments que l'on sait inspirer Rendent plus absolu que les ordres qu'on donne.
SOLIMAN
Et cependant Elmire m'abandonne !
Et ce jour va nous séparer !
ELMIRE
Comment! déjà le mois expire?
SOLIMAN
Que dites-vous? Se pourroit-il, Elmire?...
ELMIRE
Je puis différer mon départ, S'il vous cause, seigneur, une douleur si vive; Et par égard je dois.. .
SOLIMAN
Si ce n'est que l'égard, Partez; de mon bonheur il faut que je me prive : Le vôtre m'est plus cher, je dois le préférer. Si c'étoit par amour... Je cesse d'espérer...
Allez revoir votre patrie ,
Allez embrasser vos parents ;
Vous devez en être chérie.
ELMIRE
Souvent, sur notre sort ils sont indifférents ;
Leur amitié s'affoiblit avec l'âge :
Vous avez eu pour moi des sohis plus généreux ; Et l'on appartient davantage
A ceux qui nous rendent heureux.
SOLIMAN
Mon exemple doit être une régie pour eux :
Vous leur direz combien vous m'étiez chère;
{ montrant les prescrits que portent les esclaves. )
Ils verront ces présents , tribut d'un cœur sincère.
ELMIRE
Seigneur, je dois les refuser.
SOLIMAN
Quoi , vous me feriez cet outrage !
Quoi! vous m'humiliez jusqu'à les mépriser!
ELMIRE
Je n'emporte que votre image :
Vos traits , si ce n'est par l'amour, Sont gravés dans mon cœur par la reconnoissance. Je crois , en quittant ce séjour, Abandonner les lieux de ma naissance.
( avec un sentiment joué. ) Adieu donc, Soliman.
SOLIMAN
Elmire... vous partez!
Elmire. . .
ELMIRE, à part.
Il s'attendrit, courage.
SOLIMAN
Et ces présents ne sont point acceptés ! Recevez-les du moins comme le gage De l'amour le plus pur, et du plus tendre hommage.
ELMIR E.
Non, je u'accepterois des dons si précieux,