‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 31 sur 231 · ACTE II, SCÈNE V I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V I

« Mais, finissons ceci: les ruptures m'excèdent; tout « cela m'ennuie, et je vous pardoniie. » {interrompant sa lecture.) Au fond, pourtant, c'est une bonne femme. Quelle clémence ! la belle ame !

(// continue de lire. )

« C'est jeudi le jour de ma loge a l'Opéra; venez. Je « reviens exprès de la campagne ce jour -là pour « souper avec vous... Je vous mènerai et vous raméne- « rai. A jeudi, donc; je le veux. Entendez-vous que je « le veux? Tâchez de quitter vos Dupuis de bonne «heure, [s interrompant.) Vos Dupuis! ( // continue « de lire.) Je vous défends sur -tout de me parler de « cette petite fille ( il ôte son chapeau à Marianne) <■ et de m'en dire tant de merveilles. Il y a de quoi en « périr d'ennui, ou, ce qui seroit cent fois pis encore, « il faudroit en devenir jalouse... A jeudi, mon cher « Des Ronais. Dancune tenante, au moins! »

(// regarde Des Ronais et Marianne tour-à-tour.^ et ils

restent tous un moment sans parler.) Qu'est-ce?... Eh bien! vous voiià tous deux pétrifiés?..

{ à Marianne. ) Ma fille, vous voyez, sans que je le prononce, Tous mes délais justifiés...

(à Des Ronais, en lui remettant la lettre de la comtesse.) Comme un homme poli, vous, vous devez réponse A ce billet galant, vif et des plus instants; Et pour la faire, moi je \oas donne du temps...

Mais , mais , beaucoup !... un temps considérable '. MARIANNE, à Des Ronais , du ton du sentiment. Quoi! vous me trompiez?... vous ! Quoi ! vous, Des Rouais! M. DUPUls, d'un ton de ifaicté.

Eh! vraiment, il nous trompoit tous !

DES RONAIS, dun air modeste et affligé. Eh ! moQsieur, est-ce à vous de me trouver coupable? J'aurois bien des moyens pour me justifier, Si je navois en vous un juge qui m'accable, Et qui ne veut que me sacrifier.

MARIANNE, avec un peu de dédain.

Vous vous justifieriez !

M. DUPUIS, dunair triomphant.

On peut l'en défier.

DES RON AÏS, vivement, à Marianne , en se jetant à SCS pieds.

Non, vis-à-vis de vous, divine Marianne! Je suis un criminel, qui tombe à vos genoux. Je mérite votre courroux; Et moi-même je me condamne, Je m'abhorre !... Qui? moi .. j'ai pu blesser l'amour... L'amour que j'ai pour vous!... Par un juste retour. Punissez-moi, soyez impitoyable; De votre colère équitable Faites-moi sentir tous les coups ,

(à M. Dupuis, en se relevant.) Je ne m'en plaindrai pas... Mais vous, monsieur, mais vous j Si vous ne cherchiez pas des prétextes plausibles

Pour pallier vos refus éternels , Tous mes torts à vos veux seroient moins ciiniiuels;

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