ACTE 11, SCENE VI
Ils seroient moins irrémissibles.
M. DU PUIS, cCiin air ironique.
Vous le croyez?
DES RONAis, reprenant vivement.
Oui , sans cela , monsieur, Vous ne me feriez pas un crime d'une erreur. Que l'on pardonne à l'âge, et qu'il m'a fait commettre. Vous me ju.stifieriez vous-même, et par la lettre Dont ici contre moi vous venez d'abuser... {M. Diipuis marque de la surprise.) Rien n'est plus vrai... Vous avez trop d'usage, D'habitude du monde, et vous êtes trop sage Pour que ce vain écrit, qui sert à m'accuser, Ne pût, si vous vouliez, tourner à m'escuser... Examinons-le, et voyons ce qu'il prouve.
Voici d'abord ce que j'y trouve.
{Il Ut.) « Comment donc ! depuis plus d'un mois, vous tour- « nez la tète à votre comtesse? »
( interrompant sa lecture. ) « Depuis un mois.. » Ce fut au bal de l'Opéra
Que s'engagea cette sotte aventure...
Voyez... Mais pesez donc sur le temps qu'elle dure! ( lisant. ) « Et il y a huit grands jours qu'elle n'a entendu « jiarler de vous... »
[interrompant sa lecture.) Plus bas.
( lisant. ) u Ceci auroit tout l'air d'une rupture... «
( interrompant sa lecture. ) Oui, l'air d'une rupture !...
C'en est uue , bieu uue , une qui durera , Uue bien complète, bien sûre , Ou jamais femme n'y croira.
MARIANNE, en Soupirant et sans le regarder. Comment vous croire, vous?
DES RO NAIS, vivement.
Que vous m'affligeriez, Si vous pensiez qu'en cette aventure fatale Elle ait , un seul instant , été votre rivale ! Ne l'imaginez pas... vous vous dégraderiez. M. DUPUIS, à Marianne, d'un ton railleur et gai. Qu'il connoît bien le cœur des femmes ! Il est vif, éloquent... Je ne suis plus surpris S'il fait tourner la tête à de fort grandes dames. MARIANNE, à Des Ronais.
Infidèle!... eh! voilà le prix...
M. DUPUIS, l'interrompant.
Voilà comme l'amour échauffant ses esprits , Et lui prêtant sou éloquente ivresse.
Il enflamma cette comtesse Dont il étoit... et dont il est encore épris.
DES RONAIS, impétueusement, à Marianne.
Moi, de l'amour pour elle! Est-ce ainsi qu'on profane
Le nom d'amour?.. Le plus profond mépris Est le seul sentiment, oui, le seul, Marianne , Qu'elle ait excité dans mon cœur ! . . . Je le prouve encor par sa lettre.