‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 45 sur 231 · ACTE m, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE V

te n'est plus votre esprit que je prétends convaincre;

C'est votre cœur que je veux vaincre

Dans ses derniers retranchements...

Non, vous n'êtes point insensible :

Ne vous dérobez point aux tendres mouvements, Très respectable ami , qu'il est presque impossible Que vous n'éprouviez pas dans d'aussi doux moments... Que l'amour ])aternel, notre commune flamme,

Qu'une fille , un fils, deux amants , Que l'amitié , l'amour, la nature, en votre ame, Par la réunion de tous ces sentiments,

En l'embrasant du feu qui nous enflamme , Y fassent tout céder à leurs transports charmants... c'est votre cœur, lui seul, lui seul que je réclame... Vous vous attendrissez, mon père !... A vos genoux Je lis dans vos regards que j'obtiendrai de vous Ce doux consentement où je force votre ame.

MARIANNE, à M. Dupuis.

Il porte à votre cœur les plus sensibles coups. M. DUPUIS, très attendri et et très ému.

Oui, tu m'as attendri, mon fils... Mais plus tu m'aimes, Plus je sens , par tes transports mêmes , Quel vide affreux et quel malheur Me causeroit , dans ma vieillesse,

D'ailleurs, privé de tout, la perte de ton cœur!... [montrant Marianne.) Ou la perte de sa tendresse...

Et c'est avec chagrin et c'est a\ ec d^leur

Que je vous dis que, soit ou raison ùu fuiblessc,

68 DUPUIS ET DE6 RONAlS.

[d'une voix entrecoupée et presque en pleurant.) Je pense comme auparavant...

Nou; quelque désir qui vous presse, Ne comptez jamais être unis de mou vivant.

DES RONAis, se relevant avec emportement. Eh bien! monsieur, puisque rien ne vous touche. Que le spectacle attendrissant De l'amour malheureux n'est point assez puissant

Pour fléchir votre cœur farouche; Que l'on ne peut d'ailleurs convaincre votre esprit , Que votre affreuse défiance , Qu'un soupçon outrageant nourrit , Au fond nous croit sans ame et sans reconnoissance ;

Enfin, que vous nous méprisez...

Car cest là du mépris... croyez-vous qu'on m'abuse

Par des discours subtilisés?

En ce cas-là, d'abord, hautement je refuse Votre charge, dont vous osez Penser que mon chagrin s'amuse ; Votre charge, qu'à tort ici vous supposez

Que je dois prendre pour un gage De votre estime et de votre amitié...

Non , sans votre agrément à notre mariage , Vous n'avez rien fait qu'à moitié; Ou, plutôt, je dis davantage, Pour blesser mon orgueil vous eu auriez trop fait...

Sans notre hymen , de quel droit , en effet , Prétendez-vous •ir moi vous donner l'avantage De me faire de vous recevoir un bienfait? D'ailleurs, que iaudroit-il quen l'acceptaut je fisse?

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