‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 46 sur 231 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

Oserez-vous exiger que mon cœur Fût reconnoissant d'un service, Quand, d'un autre côté, vous feriez mon malheur? Voudriez-vous enfin que je choisisse Justement pour mon bienfaiteur Celui qui de mes maux est et veut être auteur? M. DU PUIS, avec une fureur qu'il retient. Monsieur!... monsieur! mon amitié vous passe Pour ce moment encore...

MARIANNE, l'interrompant, à Des Ronais, très vivement.

Ah ! Des Ronais , de grâce !

Modérez-vous , et m'écoutez.

D E s R ON A i s , très impétueusement. Non, mademoiselle, arrêtez!...

Je ne veux prendre ici conseil que de moi-même. Je n'en veux plus recevoir en ce jour Que de mon désespoir extrême , Que de l'excès de mon amour, (à M. Dupuis, d'un air troublé et d'une fureur à ne plus se connoître.) Monsieur, Mariane est en âge.

Et peut, suivant et les lois et l'usage, Disposer de sa main... .Si vous n'écoutez rien. Je lui donne la mienne, et j'y joins tout mon bien. MARIANNE, reculant d'étonnement.

Des Ronais!

M. DUPUIS, avec surprise et colère, à Des Ronais. Que vieus-je d'entendre?

Comment! monsieur, vous entreprendriez...

DES RONAIS, l'interrompant avec impétuosité. Oui, nous devons plus entreprendre...

Après nous être ainsi, malgré vous, mariés, Nous vous forcerons à nous rendre Votre estime et votre amitié , Par nos soins, nos respects , notre amour vif et tendre, Que vous n'avez voulu connoître qu'à moitié... Kotre ame à votre cœur saura se faire entendre. C'est par nos sentiments que nous vous contraindrons A vous reprocher vos caprices, A gémir sur vos injustices ; Et cette fille tendre et moi , nous finirons ,

Monsieur, par faire les délices De vos jours fortunés, que nous prolongerons. M. DUPUIS, à paii et dans le dernier trouble. Où suis-je?

MARIANNE, avec vivacité.

O ciel ! je ne suis point complice De sa folle témérité...

[à Des Renais.) Des Ronais! quoi! faut-il que pour vous j'en rougisse!.., Monsieur, vous seriez-vous flatté Que par l'amour que j'ai pour vous, je fisse Et le malheur et le supplice D'un père généreux , de qui la probité Fit autrefois pour moi le triste sacrifice De toute sa félicité?

DES RONAIS, très vivement.

Quoi ! vous m'aimez , et votre cruauté. .

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