ACTE III, SCENE V
M A n I A N N E , l'interrompant.
( montriint M. Dupuis. ) Je vous aime, il est vrai ; mais j'aurai le courage D'être toujours soumise à son autorité... Entre mon père et vous tout mon cœur se partage. Et quel que soit mon désespoir. . .
{vivement , à M. Dupuis. ) .Je vous dois tout, mon père , et ma tendresse extrême Ira plus loiu encor que mou devoir...
Pour vous prouver à quel point je vous aime , J'iramolerois ma vie et mon amour lui-même , Si ce dernier effort étoit en mon pouvoir.
M. vv PVis, à part et très attendri.
Je ne saurois parler; je sens couler mes larmes... (à Marianne.) Ma chère enfant!
(// la serre entre ses bras.) DES RO-\Ais,à Marianne.
Ah ! contre nous C'est donner de nouvelles annes.
Marianne, que faites-vous?
MARIANNE, vivemcnu Mon devoir... Mais, monsieur, si mon obéissance
Vous fait douter de mon amour; Ou , si vous ne pouvez vous armer de constance. Et vous flatter de l'espérance De fléchir notre père un jour.
Je vous remets la foi que vous m'avez jurée... (en pleurant.) De douleur j'en suis pénétrée...
J'en mourrai... mais je vous la rends... {reprenant un ton ferme. ) Vous ue devez , dans tous nos différents , A mon père aucun sacrifice ; Mais, moi, s'il en étoit encore de plus grands. Il faudroit que je les lui fisse.
DES RONAIS.
Ah ! cruelle !
M. DU PUIS, en sanglotant y à Marianne. Ah î ma fille 1
MARIANNE
Eh ! n'appréhendez pas
Que ma douleur soit une feinte Pour vous livrer après , tous les jours , des combats.
Et disputer sur votre crainte...
Non, non : je m'interdis le reproche et la plainte; Je me contenterai de soupirer tout bas... Vous n'en verrez pas moins ma tendresse s'accroître; Et , dans cet instant même , enfin , je ne dis pas , Comme bien des enfants dii'oient en pareil cas , Que je vais, pour toujours, m'eufermer dans un cloitre..
Non; je vous consacre mes jours, Mon père; ils sont à vous... Je vous les dois, mon père: Puissent-ils vous servir plus que je ne l'espère : Et puisse ma douleur n'en point trancher le cours,
Tant qu'ils vous seront nécessaires.
Et tant que je pourrai, par mille soins sincères.
Vous être de quelque secours !
M. DU PUIS, à part, avec violence et attendrissement. Hélas ! mon cœur se brise !... Ah ! mon ame s'égare