ACTE I, SCÈNE III
Le même état forma d'abord la convenance ; Mais plus riche que vous, touché de votre amour, H préfère pourtant votre simple alliance A des partis puissants, à des gens de la cour...
DES RONAIS, l'interrompant, avec humeur.
c'est depuis trop long-temps, monsieur, qu'il me préfère, Qu'il est prêt à finir, et qu'ensuite il diffère; Qu'il me promet sa fille , et ne prend point de jour , Ne fixe point de temps; qu'il s'éloigne, s'avance; Qu'il m'enlève, me rend, qu'il éteint tour-à-tour
Et ranime mon espérance !
M. CLÉ.XARD, vivement.
Mais tout la fonde dans ce jour.
Par exemple , sur la décence Délicat comme il l'est, en vous logeant chez lui. Ne sent-il pas très bien que le monde aujourd'hui Doit croire votre hymen conclu dans sa tète?
DES RONAIS.
Oui, D'accord.
M. ClÉNARD.
Eh bien! il a, je crois, eu la manie De ces pères qui n'ont marié leurs enfants
Qu'à l'âge de vingt-cinq ans.
A cet égard encor votre peine est finie : Marianne, depuis huit jours, Vient d'atteindre ce terme,
DES RONAIS, vivement.
Eh ! ce n'est point sou âge. ..
A ce moyen il n'eut jamais recours
Pour éloigner mou raai'iage;
Et cela n'étant point, il a donc, eu ce cas. Pour être à mou égard injuste et tyra unique, Quelque motif caché que je ne conçois pas. Vous êtes son ami, son confident miique ; C'est où j'en veux venir : il ne vous cache rien; Vous devez être au fait... Vpus êtes serviable... Daignez me découvrir. . .
M. clÉnard, l'interrompant.
Quoi donc?... Vous savez bien Que c'est uu homme impénétrable.
DES KO NAIS, (fun air piqué.
11 l'est bien moins, monsieur, que vous n'êtes discret.
M. CLÉXARD.
Moi , monsieur !
DES RONAis, vivement.
Oui, monsieur, vous savez son secret.
En me le révélant vous penseriez mal faire; Et moi je soutiens , au conti-aire , Qu'en vous ouvrant à moi sur ce secret fâcheux. Au lieu de le trahir, c'est nous servir tous deux, Et je le prouve...
M. clÉ.nard, l interrompant.
Il n'est pas nécessaire De rien prouver, et là-dessus de faire Des raisonnements merveilleux , Puisque je ne sais rien , rien du tout , à la lettre ;
Car enfui daignez me permettre , Ou vous vous aveuglez, ou vous avez dû voir Qu'il ne dit jamais rien... Il faut qu'on le péuétre.