ACTE V, SCENE VI. iSy
LE CHEVALIER
Si VOUS ne vous étiez point connues, vous ne vous seriez point fait de confidence l'une à l'autre, et nous n'aurions point à présentl'éclaircissement qui vous met si fort en colère.
LCCILE.
Hé ! seriez-vous pour cela moins coupable? en serions-nous moins trompées? et pouvez-vous jamais vous laver d'un procédé si malhonnête?
Mettez-vous à ma place, de grâce, et voyez si j'ai tort. J'ai de la cpialité , de l'ambition et peu de bien. Une veuve des plus aimables , et qui m'aime tendrement, me tend les bras; irai-je faire le héros de roman, et refuserai- je quarante mille livres de rente qu'elle me jette à la tête?
Mine PATIN.
Hé! pourquoi donc, perfide, puisque tu trouves avec moi tous ces avantages, deviens -tu amoureux de ma nièce?
LE CHEV ALIER.
Oh! pour cela, madame, regardez-la bien : sa vue vous en dira plus que je ne pourrois vous en dire.
CRISPIN, à part.
Je commence à croire qu'il en sortira à son
i58 LE CHEVALIER A LA MODE, honneur : quand les dames querellent longtemps, elles ont envie de se raccommoder.
LE CHEVALIER
Je trouve en mon chemin une jeune personne, toute des plus belles et des mieux faites; je ne lui suis pas indiffe'rent : peut-on être insensible, madame, et se trouve- 1- il des cœurs dans le monde qui puissent re'sister à tant de charmes? c R 1 s p I N , à part.
Il aura raison, à la fin.
Mine p A T I >' , Cl Lucile.
Ah, petite coquette! ce sont vos minauderies qui m'ont enlevé le cœur du chevalier. Je ne vous le pardonnerai de ma vie.
LrciLE.
Oui, ma tante! il n'aimeroit que moi sans^vos quarante mille livres de rente. C'est moi qui ne vous le pardonnerai pas.
LE CHEVALIER
Oh, mesdames ! il ne faut point vous brouiller pour une bagatelle; et s'il est vrai que vous m'aimez autant qu'il m'est doux de le croire, que celle qui a le plus d'envie de me le persuader fasse un effort sur elle-même et me cède à l'autre. Je vous assure que l'infortunée qui ne m'aura point ne sera pas la plus malheureuse-