I.E COMTE
Pourquoi?
PHILINTE
Vous exigez un cruel sacrifice, Et je doute bien fort que je vous obéisse.
LE COMTE, cCun air railleur.
Vous en doutez, monsieur?
Jamais jusqu'à ce jour Je ne me suis, senti si plein de mon amour.
LE COMTE
Je VOUS en guérirai.
y PHILINTE.
Monsieur, j'en désespère, Et j'en viens d'assurer Isabelle et sa mère.
LE COMTE, mettant son chapeau.
Et vous venez me faire un pareil compliment 1
PHILINTE
Avec confusion, mais très distinctement.
La nature , envers moi moins mère que marâtre. M'a formé très rétif, et très opiniâtre, Sur-tout lorsque quelqu'un veut ra'imposer la loi. I. u6
3o2 LE GLORIEUX.
L'opiniâtreté ne tient point contre moi, Je vous en avertis.
PHILINTE
La mienne est bien mutine:
Plus on lui fait la guerre, et plus elle s'obstine; Et jamais la hauteur ne pourra la dompter.
LE COMTE
Vous êtes bien hardi de venir m'insulter ! Un petit gentilhomme ose avoir cette audace?
PHILINTE
Moi , monsieur? Je vous viens demander une grâce
LE COMTE
Et cest?
PHILINTE
De m'accorder le plaisir et l'honneur... De me couper la gorge avec vous.
LE COMTE
La faveur Est bien grande en effet. Vous êtes téméraire; Vous vous méconnoissez : mais il faut vous complaire L'honneur que vous avez d'être un de mes rivaux Va vous faire monter au rang de mes égaux.
PHILINTE, cCun air railleur^ mettant ses gants. Je suis reconnoissant de cette grâce insigne, Et je vais vous prouver que mon cœur en est digne.
LE COMTE
Trêve de compliment. Moi, je vais vous prouver Que l'on court un grand risque en osant me braver. {Ils mettent tépée à la main.)