‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 157 sur 338 · ACTE I, SCÈNE I. 23r · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 23r

GORJU

.ïe vous jure d'honneur qu'on n'a point entendu.

SANSP AIR.

D'honneur?

GORJU

Oui.

s ANS PAIR.

Je vous crois, et me voilà rendu [lui tendant la main. ) Touchez là, mon ami.

GORJU

De bon cœur. Mon cher maître Vous avez du chagrin. Qu'est-ce que ce peut être?

SANSPAIR, poussant un profond soupir.

Ah!

GORJU

Parlez.

SANSPAIR.

Eh bien donc, voyez-eu le sujet.

GORJU

Quel est-il?

SANSPAIR.

Le voici.

GORJU

Comment! c'est un portrait?

La peinture eu est fine, et ce qui l'environne En relève le prix. O l'aimable personne ! O les beaux diamants! Seriez- vous amoureux?

SANSPAIR.

Hëlas ! oui , je le suis ; et j'en suis bien honteux.

GORJC.

Et pourquoi ?

SANSPAIR.

Me sied-il d'avoir cette foihlesse?

Moi, je pourrois livrer mon cœur à la tendresse! Moi, pousser des soupirs!

Seriez-vous le premier?

Et voulez-vous en tout être homme singulier? Vous l'êtes à l'excès, si j'ose vous le dire. Mais le cœur sur l'esprit prend quelquefois l'empire; Il faut que tôt ou tard l'esprit suive la loi : Et vous avez un cœur tout aussi bien que moi.

SANSPAIR.

Oui. Mais le croyez- vous foihie comme le vôtre?

GOR J D.

Pourquoi non ? Votre cœur n'est diffé"ent d'un autre, Qu'en ce que votre esprit, par singularité, L'a tenu ju>qu'ici dans la captivité.

Vous a\tz l'ospiit fort; mais, malgré son courage. Le cœur veut à son tour le mettre en esclavage: En dépit de l'esprit vous le sentez -.ainqueur; Et c'est ce revers-là qui vous aigrit l'humeur. ^'est-il pas vrai, mon maitie? A coup sûr je devine.

SANSPAIR.

Oui , ce fatal portrait a causé ma ruine.

GORJU

Eh bien ! donnez-le-moi , je vous le cacherai.

SANSPAIR.

Non. Je veux le garder autant que je pourrai;

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