‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 106 sur 242 · I.eiir a-t-il inspiré l'ordre qu'il nous déclare · texte numérisé non relu

I.eiir a-t-il inspiré l'ordre qu'il nous déclare

Ou peut-il ignorer, s'il ne fait qu'obéir,

Qu'obéir aux tyrans, souvent c'est les trahir?

Parlons à cu'ur ouvert, et laissez l'insolence

Qui sous un beau semblant masque la violence.

L'usurpateur a mis le comble à ses forfaits :

De leur fruit dangereux il veut jouir en (laix;

l'.t riiyuK^i qu'il ojipose à la haine publicjne.

De ses pareils toujours fonda la iiolitique.

Mais quel temps choisit-il pour en former les nœuds?

Qu'il soit ])r(ulent, du moins, s'il n'est pas généreux.

Qu'insultant làchenumt aux pleurs de la princesse,

Toute pudeur en lui, toute humanité cesse;

Hravera-t-il un peuple encor mal asservi,

Idolâtre d un sang dont on s'est assou\ i,

i66 GUSTAVE-WASA.

Qui, pour premier trophée, à cette hoi'rible tête.

De Gustave égorgé verra porter la tète?

Que ces restes sanglants, uos cris, notre fureur.

Soient au Néron du Nord îles sources de terreur!

RODOLPHE

Réprimez, Léonor , une audace inutile ;

Du vainqueur à jamais le pouvoir est tranquille;

Et du vaincu la tête exposée eu ces lieux

N'y doit épouvanter que les séditieux.

LÉONOR, à part.

Ciel vengeur! se peut-il que; ta justice endure D'un semblable vaincu le malheur et l'injure !

(à Rodolphe. ) De ceux qu'on assassine est-ce donc là le nom? Téméraire ! en nommant le gendre de Sténou , Respecte d'un héros l'auguste caractère , Sur-tout en adressant la parole à sa mère.

RODOLPHE

Vous sa mère?

ADÉLAÏDE, à Léonor.

Il manquoit cette horreur à mon sort : Vous avez prononcé l'arrêt de votre mort.

RODOLPHE

Non , mailame; le roi ne cherchant qu'à vous plaire. Je réponds de ses jours, dès qu'elle vous est chère. Elle vivra. Souffrez seulenieiit qu'on ait soin D'écarter de l'autel un sendjlable témoin ; Et que, pour contenir la douleur qui l'égaré, D'avec vous, aujourd'hui, mou devoir la sépare.

Page 1