ACTE V, SCENE III. 2o
{à Adélaïde, qui parait accablée.) O faveur, que du ciel je u'osois presque attendre ! Que de jjraces déjà n'ai-je pas à lui rendre? ^Madame , vous vivez ; et , par d'heureux moyens , Les secours de Sophie ont secondé les miens. Vous vivez! Quelle crainte en mon cœiir est cessée ! Dans quel état affreux je vous avois laissée. Pour courir assurer un succès balancé Par l'ennemi qu'enfin nos armes ont chassé !
ADÉLAÏDE
Hélas!
GUSTAVE
Votre vengeance eût été mieux servie ; Il eût avec le trône abandonné la vie; Mais des soins plus sacrés me pressoient tour-à-tour: J'avois à ra.'isurer la nature et 1 amour. Vous et ma mère avez favorisé sa fuite; Vous avez l'une et l'autre arrêté ma poursuite. Sans vous deux mes lauriers devennieiit superflus. Je vous vois; je respire. Il ne me reste plus , Pour goûter sans mélange une faveur si chère, Que de m'en applaudir dans les bras de ma mère. Voyons-la. Quelle joie, après tant de malheurs!... (voyant Adélaïde, Sophie, et Casimir, consternés et pleurant. ) Mais que ra'anuouce-t-on? Je ne vois que des pleurs!
(à Sophie. ) Vous qui la secouriez, répondez-moi, Sophie...
(à Casitiiir. } «.Casimir... Tout se tait... Ah! ma mère est sans vie.
ao6 GUSTAVE-WASA.
ADÉLAÏDE
Léonor voit le jour.
GUSTAVE
Et vous soupirez tous?
ADÉLAÏDE
Voyez quel sacrifice ou exige de vous.
[Elle lui donne le billet.) G usTA v E, lisant.
« Ou devieus parricide, ou fléchis ma colère. « Gustave, je t'accorde uue heure pour le choix. « Songe à ce que tu peux , souge à ce que tu dois : "Ou rends-moi la princesse , ou vois périr ta mère. Le barbare eu fuyant l'avoit eu son pouvoir!
CASIMIR
Du haut de ce palais, seigneur, on peut tout voir: Le jxùgnard à nos yeux reste levé sur elle.
ADÉLAÏDE
•l'attends le même coup de lua douleur mortelle.
GUSTAVE, à part.
Juste ciel ! à qui donc sera dû votre appui? La piété deux fois m'est fatale aujourd'hui !
ADÉLAÏDE
Frédéric eût été notre ressource unique; Je pourrois tout encor sur son ame héroïque , Et j'irois me jeter sans rien craindre à ses pieds. Si ce rival étoit le seul que vous eussiez.
GUSTAVE
Le seul? ce n'est pas lui que l'échange concerne?
Non, seigneur.