ACTE II, SCENE VIll
Dresseroit d'ici-bas son télescope en vain. Sa sphère est au-dessus de toute intelligence. L'illusion nous frappe autant que l'existence; Et par le sentiment suffisamment heureux, De l'amour seulement nous sommes amoureux. Ainsi le fantastique a droit sur notre hommage; Et nos feux pour objet ne veulent qu'une image.
MONDOR
Monsieur, à ma portée ajustez-vous un peu; Et, de grâce, en français mettez-moi cet hébreu.
DAMIS
Volontiers. Imagine une jeune merveille; Elégance, fraîcheur, et beauté sans pareille; Taille de nymphe...
MONDOR
Après? je vois cela d'ici.
DAMIS
C'est de mes premiers feux l'objet en raccourci. T'accommoderois-tu d'une femme ainsi faite?
MONDOR
La peste!
DAMIS
Aussi ma flamme a-t-elle été parfaite.
MONDOR
Mais je n'ai jamais vu cet objet plein d'appas.
Parbleu! je le crois bien, puisqu'il n'existoit pas.
MONDOR
Et vous l'aimiez?
DAMIS
Très fort.
MONDOR
D'honneur?
A la folie !
:moxdor.
Une maîtresse en l'air, et qui n'eut jamais vie?
DAMIS
Oui, je l'aimois avec autant de volupté,
Que le vuljTaire en trouve à la réalité.
La réalité même est moins satisfaisante.
Sous une même forme elle se représente.
Mais une Iris en l'air en prend mille en un jour.
La mienne étoit bergère et nymphe tour-à-tour,
Brune ou blonde, coquette ou prude, fdie ou veuve;
Et, comme tu crois bien, fidèle à toute épreuve.
MONDOR
Monsieur, parlez tout bas.
Et par quelles raisons ?
MONDOR
C'est qu'on pourroit vous mettre aux Petites-Maisons.
DAMlS.
Cet amour, il est vrai, me [larut un peu vide.
Et je ne pus tenir à l'appât du solide.
Je répudiai donc la chimérique Iris ;
D'une beauté palpable enfin je fus épris.
J'ai chanté celle-ci sous le nom d'Uranie.
Ah ! que j'ai bien , pour elle , exercé mon génie î